Festival du Caire | Critique : La Rivière

Une jeune femme et un homme déjeunent sur la terrasse d’un restaurant situé au cœur d’un paysage montagneux du Liban. Soudain des avions de chasse strient le ciel, une guerre s’emble s’éclater au loin. Les deux quittent l’endroit et se lancent dans les profondeurs d’une nature de plus en plus spectrale…

La Rivière
Liban, 2021
De Ghassan Salhab

Durée : 1h41

Sortie : –

Note :

TOMBÉ DU CIEL

Très vite et en quelques plan se déploie dans La Rivière un sens de l’atmosphère. Cela passe par la rareté des dialogues, le découpage minutieux, l’utilisation de la musique. Il y a une tension orageuse, quelque chose gronde dans le ciel. Le Libanais Ghassan Salhab, qu’on a pu remarquer entre autres avec son long métrage La Vallée, préfère parler de signes plutôt que de symboles dans son nouveau film. On observe les signes dans La Rivière, on les examine et la mise en scène participe à une forme d’envoûtement – une approche qui rappelle en partie le travail du Tunisien Ala Eddine Slim sur son bien nommé Sortilège.

Le minimalisme dans La Rivière est une porte grande ouverte vers l’inconcevable. C’est un moteur très stimulant pour le spectateur, et Ghassan Salhab sait avec talent mettre en scène le mystère. Le début du long métrage suggère qu’une malédiction plane, une malédiction dont on ignore l’échelle. Le paysage vert-orange captive, on regarde les arbres en se demandant ce qu’ils ont à nous dire. Sommes-nous seulement sur Terre ? Ou dans une dimension parallèle ? L’hésitation surréelle dans La Rivière passe par des moyens esthétiques, et cette puissance plastique est régulièrement fascinante.

À nos yeux, le film n’est jamais meilleur que quand il est illisible. Les discussions de couple, l’allégorie sur la relation homme-femme, rendent plus terre-à-terre un film aux énigmes si séduisantes. Comme lorsque de lents fondus enchainés peuvent se confondre avec des superpositions mentales, où des écritures ressemblent à d’étranges branches dans le paysage. Ou quand la brume gagne l’écran, qu’elle enveloppe le protagoniste et nous avec, jusqu’à disparaître dans un silencieux et enivrant secret.

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par Nicolas Bardot

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