Festival de Cannes | Critique : Hope

Alors que les secours sont mobilisés ailleurs et que toute communication est interrompue, les habitants de Hope doivent faire face seuls à une menace grandissante. Tandis que certains tentent de protéger le village, d’autres s’aventurent dans la montagne… mais deviennent à leur tour des proies. L’ignorance et la peur déclenchent une spirale incontrôlable aux conséquences dévastatrices.

Hope
Corée du Sud, 2026
De Na Hong-jin

Durée : 2h40

Sortie : prochainement

Note :

LA MÉTAMORPHOSE

Enfin une sélection en compétition officielle pour Na Hong-jin, qui a eu l’honneur d’être sélectionné à Cannes avec l’intégralité de ses longs métrages jusqu’ici. A chaque film, une nouvelle section, ainsi qu’une nouvelle ambition et un palier de plus franchi vers l’excellence et… vers le fantastique. Le très bon thriller The Chaser (Séance de minuit en 2008) était ainsi surpassé par The Murderer (Un certain regard en 2010) qui lui même s’est retrouvé éclipsé par The Strangers (Hors compétition en 2016) qui mariait de manière stupéfiante le film policier et la folk horror. Et après ? Les dix ans d’attente pour obtenir la réponse à cette question prennent fin, enfin.

Hope (le nom du village où se déroule l’intrigue) déboule aussi fort qu’un bœuf, tout en débutant en terrain familier. Au cours d’une séquence d’ouverture à la fois nerveuse et moqueuse, une équipe de policiers râleurs tombe sur le cadavre d’une vache ayant été visiblement tuée par un animal bien plus gros qu’elle. Peut-être un tigre? Notre ceinture de spectateur est à peine attachée que la dynamique (la dynamite ?) qui se met en place entre les différents registres rappelle les grandes heures du cinéma coréen et de sa machine à frissons. L’évocation est d’ailleurs presque un peu trop fidèle. Derrière l’eau qui nous vient à la bouche, cette mise en jambe ne brille pas non plus par une recherche d’originalité à tout prix.

Sauf que Hope ne ressemble pas tant que ça aux précédents films de Na Hong-jin. Il ne s’agit pas du film attendu en suite de l’évolution de son œuvre évoquée plus haut. Ni empesé de sérieux ni potachement réservé aux séance de minuit, Hope est avant tout spectaculaire. Appelons un chat un chat : c’est même un blockbuster. Cela signifie que chaque image est d’une générosité telle qu’elle doit se recevoir sur le plus grand écran possible. Cela signifie aussi que l’unicité quitte la place prioritaire pour laisser place à l’efficacité. Est-ce que Hope est un film original ? Pour ceux qui ne connaissent le cinéma coréen que par son versant auteur, ou n’auraient jamais vu The Host, sans doute. Et pourtant…

Alors que l’on pense avoir bien mémorisé le trajet de ce tour de grand huit et ses passages obligés, il faut bien dire que le film devant lequel on se retrouve à la fin ne ressemble plus vraiment à celui qu’on avait sous les yeux au tout début (gare à qui en révèlera trop et gâchera le plaisir du public). Hope s’est métamorphosé alors même qu’il faisait mine de ne proposer que des tours de magie dont on connait déjà le truc. Film catastrophe, comédie d’action, film de monstre, fable de science-fiction. Hope est tout cela à la fois et possède surtout une qualité en or que les blockbusters de Hollywood semblent avoir égaré depuis belle lurette : la joie. Est-ce que Hope se démarque dans la compétition cannoise comme un pétard allumé au milieu d’une bibliothèque ? Tout à fait, et pas seulement parce qu’il s’agit de toute évidence du film le plus cher de la liste. Découvrir le film dans ce contexte spécifique a d’ailleurs quelque chose de très rafraichissant.

| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |

par Gregory Coutaut

Partagez cet article