Une femme timide se retrouve inopinément dans une production locale d’une comédie musicale. Sous le charme d’un metteur en scène énergique et énigmatique, elle se perd dans son rôle.
The Debut
États-Unis, 2026
De Jesse Eisenberg
Durée : 1h45
Sortie : 13/01/2027
Note : ![]()
MEILLEUR ESPOIR FÉMININ
« Vous avez peut-être noté que je n’étais pas entièrement moi-même », chuchote timidement Mona au restaurant, entre son mari et un couple d’amis. Malheureusement non, personne n’a réellement noté que Mona n’était pas entièrement elle-même, et personne ne semble avoir remarqué Mona tout court. Épouse et mère de famille, l’héroïne de The Debut (incarnée par une sensationnelle Julianne Moore) n’est, dans sa propre maison, qu’un vague mélange entre une dame de cantine et une dame pipi. Moore trimballe une candeur qui rappelle son interprétation de Cookie’s Fortune (réalisé par Robert Altman en 1999). Mais derrière son apparente fraîcheur, Cora dans Cookie’s Fortune avait plus d’un tour dans son sac, et Mona dans The Debut a décidé, consciemment ou inconsciemment, de reprendre son histoire en main.
Tout n’est pas si facile puisque le troisième long métrage de l’Américain Jesse Eisenberg se déroule dans le monde du théâtre – et dans une troupe ou face à un metteur en scène, Mona peut facilement être avalée. A quel moment le masque social finit-il par aspirer celui ou celle qui le porte ? Mona n’est semble t-il pas vraiment à sa place sur scène, elle s’y retrouve d’ailleurs grâce à un demi-hasard. Est-ce bien le lieu le plus approprié pour y mener sa propre thérapie ? Eisenberg fait preuve de dextérité scénaristique pour naviguer entre la cruauté et l’empathie vis-à-vis de son héroïne décalée, mais son écriture très archétypale, un peu binaire (qui rappelle les limites du néanmoins efficace A Real Pain) limite le vertige que pourrait susciter le film.
Au moment où l’on se demande ce qui pourrait faire dérailler The Debut de sa formule bien identifiée (avec son attachante outsider en route vers le succès enfin mérité), Eisenberg sait aller – et aller complètement – dans la direction de la comédie mi-goofy, mi-cinglante. The Debut aime probablement la scène et celleux qui la font vivre, mais le film n’est pas dupe de tout le bullshit qui peut caractériser ce petit monde : celui des jeunes actrices à l’émerveillement surjoué, des metteurs en scène dont l’intégrité artistique cache mal le goût pour l’humiliation, ou des adeptes hardcore du method acting. Il y a dans The Debut une énergie très appréciable, et c’est dans ce tourbillon-là que nous sommes emmenés avec plaisir. Mona, dans la vie comme sur scène, va devoir faire craquer les coutures du rôle qu’elle joue. Qui de mieux qu’une des meilleures actrices au monde pour relever à l’écran un tel challenge ?
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par Nicolas Bardot
