A voir en ligne | Critique : Black Medusa

Nada est une jeune femme menant une double vie. Pendant la journée, elle est calme et réservée, mais à la tombée de la nuit, elle plonge dans la vie nocturne de Tunis et drague des hommes. Elle les laisse d’abord raconter leurs histoires, endossant le rôle de confidente, puis elle les bat sauvagement. Un jour, Nada tombe sur un couteau mythique au domicile d’une de ses victimes. Des événements incontrôlables se déchaînent alors autour d’elle.

Black Medusa
Tunisie, 2021
De ismaël et Youssef Chebbi

Durée : 1h36

Sortie : 31/01/2022 (sur Mubi)

Note :

LA NUIT DE LA CHASSEUSE

Collaboration des Tunisiens ismaël et Youssef Chebbi (lire notre entretien), Black Medusa est présenté comme une réinterprétation du mythe de la Méduse à l’heure de #MeToo. Le long métrage débute comme un conte : « il était une fois » – avant de dérouler son histoire qui aurait un pied dans le réel et un autre dans l’imaginaire. Black Medusa est un beau film de nuit, un beau film sur Tunis, ou plutôt sur l’envers nocturne de Tunis. Comme un double, un négatif, où les règles du jour n’ont plus cours. Nada déambule dans une nuit d’un noir profond et l’on n’entend plus que ses talons, comme ce personnage de La Féline qui rentre chez elle avant de prendre le bus. A la différence près que Nada n’est pas ici soumise à une menace extérieure : ce sont ceux qui croisent son chemin qui devraient être terrifiés.

On pense, en voyant Black Medusa, à Dirty week-end, le roman culte de la Britannique Helen Zahavi, dans lequel une jeune femme qui n’en peut plus se décide à dézinguer tous les hommes qui la maltraitent. Si ismaël et Youssef Chebbi ont collaboré avec leur compatriote Ala Eddine Slim avec qui ils partagent un goût du mystère, Black Medusa nous a davantage évoqué ce qu’une Ana Lily Amirpour pouvait raconter dans A Girl Walks Home Alone at Night. Son héroïne était une ombre de la nuit se vengeant des mauvais hommes. Ce sont tous les deux des films de genre dont on peut facilement faire une lecture politique, des films où le noir et blanc est une porte vers un monde parallèle, des films qui réactualisent la figure du vampire.

Si Nada n’est pas à proprement parler un vampire dans Black Medusa, le film emprunte des motifs vampiriques. Solitaire et mélancolique, Nada est une figure mythologique, une allégorie, en tout cas un être humain juste en pointillés. Et lorsqu’elle parle, sa voix robotique sort d’un téléphone. L’atmosphère du film, son approche sensorielle, son trip rock industriel, semble aussi être un lointain cousin de Claire Denis. Black Medusa réduit au maximum : sa ligne narrative est ultra-épurée, le film ne délivre pas de contexte, n’apporte pas de flashback, ne fait pas de psychologie. Cette ingénieuse soustraction nourrit le séduisant mystère de ce film dont vous devriez entendre parler.


>> Black Medusa est disponible sur Mubi

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par Nicolas Bardot

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