Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?
Autofiction
Espagne, 2026
De Pedro Almodóvar
Durée : 1h51
Sortie : 20/05/2026
Note : ![]()
PUISQUE JE VOUS LE DIS
La Voix humaine, Madres paralelas, Strange Way of Life, La Chambre d’à côté : la période la plus récente de la filmographie d’Almodóvar ne manque pas de relief, mais on peut difficilement la qualifier d’homogène avec ses variations de langues, de formats et de degrés de sérieux. Deviner sur quelle case de cet imprévisible jeu de l’oie allait désormais tomber le cinéaste espagnol était devenu difficile, et c’est une qualité que l’on n’a pas toujours attribuée à cet artiste au style si identifiable et chéri. Où le GPS d’Autofiction nous entraine-t-il ? Eh bien précisément juste avant l’enchainement des quatre films cités plus haut. Ce nouveau long métrage prend en effet presque directement la suite de l’autoportrait que constituait Douleur et gloire.
La familiarité règne sur Autofiction. Bien sûr elle est d’abord visuelle, on s’est tellement habitué à cette direction artistique hors pair et ses compositions éclatantes qu’on prend leur majesté pour acquise, alors qu’une telle chatoyante devrait continuer à être louée comme elle le mérite. La familiarité se trouve dans l’écriture également, car les séquences composant la première partie d’Autofiction nous font retrouver l’Almodóvar malicieux du début des années 90. Une docteur irrésistiblement à l’ouest, un club de strip tease masculin où se nouent contre toute attente les choses les plus intimes ainsi qu’un joyeux carambolage de tons placent cette mise en jambe sous le signe du fantasque et du chaleureux. Deux facettes que ne possèdent pas franchement la suite d’Autofiction.
La familiarité du film se trouve aussi dans son casting. Bárbara Lennie (La Piel que habito), Aitana Sánchez-Gijón (Madres paralelas) et Milena Smit (Madres paralelas aussi) sont de nouveau de la partie, gravitant autour d’un personnage de cinéaste en crise. Un autoportrait aussi flagrant que celui de Douleur et gloire, aussi faussement modeste également, mais en revanche écrit avec moins d’épaisseur. Ce dernier n’est cette fois pas joué par Antonio Banderas mais par Leonardo Sbaraglia… déjà présent dans Douleur et gloire. Le cinéaste n’a pas varié son jeu de cartes et redistribue ces dernières avec plus ou moins de pertinence.
En effet, à mesure qu’Autofiction avance, trois choses se déroulent simultanément : le film se fait de plus en plus sombre et traversé par le deuil, il devient de plus en plus méta, et il devient aussi de plus en plus mal fagoté, culminant dans un dernier acte où la mise en abyme terre-à-terre deviendrait presque volontairement grotesque. Face à ce film tantôt grave et bouffon, tantôt humble tantôt diva, tantôt superbe tantôt concon, on ne sait plus très bien quoi faire du drôle de truc qu’Almodóvar nous met entre les mains en nous disant presque mot pour mot « si le scénario est raté, c’est fait exprès ». Faut-il le croire ?
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par Gregory Coutaut
