Ouvrir une porte. Gérer une crise. Rédiger un compte-rendu d’incident. À l’École nationale d’administration pénitentiaire, des centaines de femmes et d’hommes apprennent le métier de surveillant. Au fil des cours, sur les visages, le doute se fait de plus en plus rare.
La Détention
France, 2026
De Guillaume Massart
Durée : 2h12
Sortie : prochainement
Note : ![]()
PRÉSENTS ET VIVANTS
Une porte s’ouvre, des élèves défilent, des bonjours sont échangés : La Détention semble débuter de manière attendue pour un film « de classe ». Cette classe ne nous est pas aussi familière que les autres – ici, on assure la formation de futur.es surveillant.es pénitentiaires. Et très vite, le cours va prendre une tournure assez étonnante. L’enseignant questionne, souffle le chaud et le froid, n’hésite pas à mettre les élèves mal à l’aise. « Ça vous fait sourire ? » lance-t-il, et quasiment personne ne moufte. Affirmations arbitraires, « les consignes sont les consignes », on intimide, on attend la réaction : ce n’est pas un cours magistral que les élèves devraient reproduire sur leur cahier mais une sorte de jeu mental. Et au fil de cette brillante séquence, un espace s’ouvre entre les règles inflexibles, et ce que chacun.e en fera in situ.
Dans son précédent documentaire La Liberté, le Français Guillaume Massart était parti à la rencontre de personnes incarcérées dans le centre de Casabianda, en Corse. Dans La Détention, dont le titre semble déjà être si ce n’est une réponse, au moins un complément à La Liberté, Massart est cette fois parmi le personnel pénitencier. « Il me restait une petite frustration du tournage de La Liberté, pendant lequel le personnel pénitentiaire avait fait le choix de ne pas apparaître », nous a-t-il indiqué dans notre entretien. Son nouveau long métrage se déroule exclusivement auprès des apprenti.es surveillant.es, dans l’école – pas dans le centre de détention, et on ne voit jamais de prisonniers. La prison est de toutes les discussions mais elle reste hors champ. Plein cadre : l’enseignement, les textes, la pratique.
Les formateurs et formatrices ont de la bouteille : l’un a réponse à tout, l’autre fait un stand up bien rôdé. Les enseignements se suivent, chaque séquence forme sa petite unité. Les préconceptions des élèves sont nuancées les unes après les autres, en même temps que les nôtres. En filmant cette institution, Guillaume Massart opte pour une démarche proche de celle d’un Frederick Wiseman. Ce ne sont pas des documentaires à charge, où le cinéaste vient avec sa valise pleine de certitudes. C’est un examen attentif, pas tant de ce qui ne fonctionne pas, mais de ce qu’on essaie de faire marcher malgré tout. « Vous gérez de l’humain », tente t-on de rappeler.
Guillaume Massart suit les élèves quotidiennement, mais il y a une parenthèse, quelque chose d’absent à l’image et qui constitue comme une cassure : les élèves font un stage dans un centre pénitentiaire et en reviennent. L’écart entre la théorie et la pratique se creuse. Les jeunes pousses côtoient des collègues installés, racistes, pourris. On pense au récent Zone grise de la Française Liza Guillamot sur des apprenti.es agent.es de police, dans lequel des jeunes recrues étaient confrontées à des flics expérimentés et racistes. Ce laboratoire de la violence échappe à l’école et à ses règles, chez Guillamot comme chez Massart. On a beau apprendre les actions et les mots, on « essaie de faire au mieux », et on chante la Marseillaise même si le ciel nous tombe sur la tête. In fine, les élèves face aux personnes incarcérées doivent s’attacher à cette affirmation : « ce qui est bien pour eux est forcément bien pour nous ».
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par Nicolas Bardot
