Kaboul, 2021. Naru, seule femme cameraman de la principale chaîne de télévision locale, se bat pour conserver la garde de son fils de trois ans, à la suite de sa séparation avec son mari infidèle. Persuadée qu’aucun « homme bien » n’existe dans son pays, elle se retrouve au service du journaliste star de la chaîne qui, malgré ses réticences, accepte de l’emmener en reportage. Tandis qu’ils sillonnent la capitale qui vit ses derniers jours de liberté, leur relation semble changer de nature…
No Good Men
Afghanistan, 2026
De Shahrbanoo Sadat
Durée : 1h49
Sortie : 03/02/2027
Note : ![]()
MEN ARE TRASH
« Quel désastre ce pays » se lamente un monsieur dans No Good Men. « C’est l’Afghanistan, on a l’habitude », lui répond-on, de manière à la fois sarcastique et abattue. Cette discussion a lieu entre bonshommes, et ceux-ci semblent oublier l’un des principaux problème dudit pays désastreux : les hommes eux-mêmes. C’est en tout cas ce dont Naru est persuadée. Cadreuse pour une chaîne de télévision, celle-ci, malgré ses compétences, est assignée aux émissions de cuisine ou sentimentales – et même ces dernières parviennent à être misogynes. Lors d’un micro-trottoir réalisé par l’héroïne, les expériences de misogynie racontées par différentes femmes affluent. En somme, « y a-t-il des hommes bien en Afghanistan » ?
Présenté en ouverture de la dernière Berlinale, No Good Men pourrait être un drame très sérieux – ce qu’il est, inévitablement, de temps à autre. Mais la réalisatrice d’origine afghane Shahrbanoo Sadat (découverte il y a une dizaine d’années à la Quinzaine avec Wolf and Sheep) teinte ici ses sujets sérieux de comédie et même de romance. Le générique de début de No Good Men montre l’éclosion de spectaculaires fleurs de cactus. Le contraste entre les fleurs flamboyantes et les épines de cactus est net, il y a presque quelque chose de contre-nature… presque aussi contre-nature que les relations hommes-femmes. No Good Men dépeint en effet une société ultra-patriarcale qui n’a pas attendu les talibans pour détester les femmes. « C’est l’usage, on va pas le changer », commente un protagoniste, pourtant censé être un homme élégant. Les femmes restent soumises de force à l’autorité des hommes et de la loi. Mais l’héroïne de Shahrbanoo Sadat (interprétée par la cinéaste) est, tant bien que mal, indépendante, et elle a du répondant.
No Good Men est rafraîchissant par sa liberté de ton – et de cette partie du monde, il est vrai qu’il n’y a que des drames qui nous parviennent. La gamme d’émotions dans le long métrage de Sadat est plus large, car la vie, même quand elle est invivable, n’est pas monochrome. Alors oui, il y a une possibilité de romance dans No Good Men, et oui, la romance pour toute femme ressemble à un piège. Ces questionnements intimes finissent emportés par la tornade de l’Histoire. Le film se déroule en 2021, soit l’année de l’offensive des talibans après le retrait des troupes américaines. Shahrbanoo Sadat a, elle-même, dû fuir Kaboul et vit depuis à Hambourg. Le dernier acte du long métrage est porté par un spectaculaire souffle dramatique. Et il laisse ouverte une porte humaniste pour ses personnages, même dans le chaos le plus sombre, et oui, même pour les hommes.
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par Nicolas Bardot
