Dans un futur proche, par un été sans fin où l’on attend une éclipse solaire, Bego, 12 ans, cherche sa place dans la famille et parmi les filles de son âge. Alors que la Lune semble éclipser les animaux et les gens qui l’entourent, elle rencontre REN__, une amie virtuelle, qui l’initie au « shifting », pratique par laquelle les adolescents croient avoir accès à d’autres réalités par le rêve lucide.
Los Días libres
Argentine, 2026
De Lucila Mariani
Durée : 1h24
Sortie : –
Note : ![]()
LE CIEL EN LOGICIEL
Bego, douze ans, n’arrive pas à dormir. Dans le cocon obscur de sa chambre d’ado, elle est confortablement posée seule devant l’écran de son ordinateur et regarde des vidéos bizarres sur internet, et c’est comme si rien n’existait en dehors de cette bulle privée. Le résumé de Los Días libres, premier long métrage de la réalisatrice argentine Lucila Mariani, a beau nous indiquer que l’action se déroule dans un futur proche, il y a quelque chose d’étrangement rétro qui plane au-dessus de Bego. Le film s’ouvre d’ailleurs par l’une de ses vidéos qu’elle regarde en ligne : dans un noir et blanc à gros grain digne des fichiers QuickTime les plus lourds des années 2000 et des pires Webcam de Cdiscount, une fille de son âge est paisiblement endormie sur un drap blanc, à moins qu’elle ne soit en réalité décédée et que cette vidéo s’apprête à virer à l’autopsie clandestine à la Roswell ?
La vie entière de Bego a l’air de se dérouler là, entre elle et son écran. Elle possède pourtant une famille et des amies et elle finit même par sortir de sa chambre pour leur parler. Maman a beau être compréhensive (les cinéphiles reconnaitront dans ce rôle Laura Paredes, visage incontournable du cinéma argentin contemporain : Bélen, Los Delincuentes, Trenque Lauquen, La Flor…), Bego peine à se sentir connectée aux autres autant qu’au monde virtuel. Tout le monde autour d’elle ne parle que de la mystérieuse éclipse à venir, l’ado mélancolique ne pense qu’à une chose : le shifting, une méthode d’autohypnose supposée permettre d’accéder à des réalité parallèles et « modifier ce que l’on nomme la réalité ».
Le surnaturel le plus vertigineux semble toujours sur le point d’arriver (des gens peuvent ils vraiment se faire « éclipser » et disparaitre rien qu’en regardant la lune ?), mais Los Días libres ne franchit jamais le pas et demeure jusqu’au bout dans la suggestion, épousant la langueur frustrée de son héroïne solitaire. A force de rester d’un côté de la frontière et de regarder le fantastique par le trou de la serrure, le film finit par devenir étriqué à la longue. C’est d’ailleurs moins le récit que l’atmosphère qui brille ici. Lucila Mariani décrit son film comme une « lettre d’amour à un internet qui n’existe plus, un refuge où les marginaux pouvaient rêver ». L’élégant habillage visuel qu’elle compose ici donne en effet aux meilleures scènes du film des airs de merveilleux rêves numériques oubliés à la Jane Schoenbrun.
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par Gregory Coutaut
