Festival de Sarlat | Critique : Dua

Le quotidien d’une adolescente et sa famille à Pristina à la fin des années 90. Le Kosovo est au bord de la guerre avec la Serbie et Dua, 13 ans, doit choisir entre les injonctions de ses camarades de classe et ses propres envies. Mais les tensions ethniques grondent et le danger se rapproche de sa famille.

Dua
Kosovo, 2026
De Blerta Basholli

Durée : 1h40

Sortie : 10/02/2027

Note :

NEW RULES

Dua est un récit d’apprentissage et ses motifs sont familiers – à la différence près que les adolescent•es, quand iels font une boum inoffensive, quand iels dansent un slow sur un morceau cheesy, n’ont en général pas à fuir la police au moment où l’on devrait juste se demander qui embrasser. C’est pourtant ce qui se passe au début de Dua, qui se déroule dans un contexte particulièrement sensible : celui de la fin du 20e siècle en ex-Yougoslavie, celui, comme on l’entend dans le film, de la « terreur serbe au Kosovo ». Dua a 13 ans, elle a hâte de grandir comme la plupart des ados, elle a même hâte d’avoir ses règles. Mais attention à ce que Dua désire car elle risque bien de devoir grandir un peu trop vite.

Voilà ce que raconte la Kosovare Blerta Basholli dans son second long métrage, après La Ruche qui fut couronné à Sundance et est sorti dans les salles françaises en 2022. Dua est un récit initiatique archétypal, mais qui se retrouve modifié par ces circonstances dramatiques. Il y a grandir, apprivoiser son corps, regarder les garçons – et il y a faire tout cela tandis que la menace de la guerre gronde. Basholli, qui s’est inspirée de sa propre adolescence, raconte la guerre à travers son quotidien « banal ». Ce ne sont pas juste les bombardements, mais la manière dont la tension s’insinue dans la rue, dans le voisinage, à l’épicerie, à l’école, en famille. Dua pourrait simplement penser à son gloss, mais croise le cadavre d’une connaissance dans la rue. Dua se met au judo mais pas tant par loisir, plutôt pour apprendre à se défendre. Le long métrage trouve le bon espace entre ce qui est très ordinaire, et ce qui ne devrait pas être normal.

Blerta Basholli dépeint la solitude de l’adolescence dans ce qu’elle peut avoir d’universel, comme lorsque les personnages n’accordent pas suffisamment de crédit à la parole de Dua. Elle décrit également une expérience peu relatée : comment la guerre, ou l’aube de la guerre, constitue un contexte dans lequel Dua va s’affirmer. En apprenant à se battre comme on l’a mentionné, ou en réfléchissant à comment s’impliquer. Mais la brutalité de la réalité dépasse naturellement la jeune adolescente, comme une vague plus grande et plus forte que les précédentes viendrait s’abattre sur elle. Blerta Basholli filme beaucoup le visage de son héroïne, peut-être plus que son dos façon Rosetta. Même impassible, son visage traduit beaucoup de ce qui se déroule hors champ. Ce qui se passe au loin, raconté à la télé. Ou tout près, lors d’une scène glaçante où l’on ressent intensément un surgissement de violence alors que la caméra est fixée sur les yeux de Dua. Le hors champ, et ce qu’il produit de dévastateur sur les protagonistes : voilà une dynamique que Blerta Basholli explore avec dextérité et intelligence.

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par Nicolas Bardot

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