Yuri, architecte divorcée, rend visite à son ancienne belle-sœur Yoriko, sculptrice installée dans le village de Nagi. Ce séjour, d’abord envisagé comme une simple parenthèse, prend une tournure inattendue lorsque Yuri accepte de poser pour elle. Au fil des séances, les silences se peuplent de souvenirs, et un lien profond, longtemps enfoui, ressurgit entre les deux femmes. Loin de l’agitation de Tokyo, Yuri se laisse gagner par la douceur du quotidien rural et la vie des habitants. Les jours passent, comme si quelque chose, ici, l’invitait à rester.
Quelques jours à Nagi
Japon, 2026
De Koji Fukada
Durée : 1h50
Sortie : 07/10/2026
Note : ![]()
PRINTEMPS DANS UNE PETITE VILLE
Une femme est à vélo dans la campagne ensoleillée lorsqu’elle se fait soudain arrêter par un inconnu qui, c’est impossible, la reconnait et sait bien qui elle est. Cette scène, qui pourrait sortir tout droit d’un film de Christian Petzold, ouvre Quelques jours à Nagi avec une douceur amusée qui ne masque pas entièrement le mystère de la situation. Pas de vertige existentiel à signaler ici (la raison de cette reconnaissance est vite dévoilée), mais il y a dans cette introduction un mélange de tons qui va imprégner tout le reste du film de sa fine harmonie.
La jeune femme en question vient rendre visite à son ancienne belle-sœur, et passer quelques jours de printemps à ses côtés, dans un village si petit que tout le monde s’y connait et que l’unique radio locale s’occupe elle-même d’annoncer les décès entre deux chansons. Quelques jours à Nagi semble être à la fois un film de vacances et un film de retour au foyer, et pourtant il ne se déroule ni comme l’un ni comme l’autre. Ce n’est pas que les drames guettent ces deux femmes et les autres habitants qu’elle côtoient. Sans jamais troquer sa grande élégance pour de l’austérité, Quelques jours à Nagi fait partie de ces films où il n’y a pas l’air de se dérouler beaucoup de choses mais où tout se trame entre les lignes.
L’une des femmes sculpte, l’autre accepte de poser pour elle. Les jours passent pour les colocataires heureuses de se retrouver, et… c’est à peu près tout, du moins pendant un bon moment. Leurs échanges sur les choses de la vie prennent une place certaine dans ce scénario bavard, et pourraient évoquer une version moins radicale de Sayonara, le bijou fou de la filmographie de Kōji Fukada. Les feuilles de calendrier s’envolent une à une et on se demanderait presque si Quelques jours à Nagi va quelque part ou s’il possède une autre ambition que celle d’être un drame un peu intellectuel et chic.
De la science fiction au thriller, l’œuvre de Fukada a pourtant traversé bien des registres. Il y a au moins une constante qui la traverse : l’impossibilité de maintenir collés pour de bon et normalement les pièces du puzzle familial. Cela peut être drôle comme dans le home invasion Hospitalité, angoissant comme dans L’Infirmière, ou bien mélodramatique comme dans ses œuvres plus récentes. Dans Quelques jours à Nagi, cela devient une leçon de désapprentissage, et celle si ne se dévoile que progressivement, à mesure d’ailleurs que le travail sur la lumière se fait de plus en plus fantastique (dans tous les sens du terme).
Dans le quotidien de ce village, il est beaucoup questions de rituels, de dates-clés, de traditions à effectuer joyeusement. Malin, Fukada fait mine de nous envoyer cette carte postale champêtre pour en réalité nous dévoiler un catalogue de portes de sorties et d’anti-morales. Quelques jours à Nagi fait partie des rares films japonais à parler concrètement d’homosexualité, et que ce soit parmi les personnages queer ou hétéro, s’il y a bien une chose à respecter fondamentalement, c’est le droit de fuir sa famille. Fuir ses parents, ses amis, ses enfants. Recomposer sa famille selon ses propres règles, dans sa propre géographie, est une idée aussi noble à analyser qu’un poème, aider quelqu’un à le faire est à la fois la moindre et la plus belle des choses.
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par Gregory Coutaut
