Sans sommeil, Sokun quitte son dortoir de chantier bondé et rejoint un groupe d’ouvriers qui vit dans un gratte-ciel inachevé, parmi tant d’autres. L’une de ces tours offre la résidence de luxe dont rêvait Seda, sa première occupante, qui se sent bientôt piégée dans ce vaste complexe sécurisé.
Promised Spaces
Serbie, 2026
De Ivan Markovic
Durée : 1h16
Sortie : –
Note : ![]()
UN LIEU A SOI
Le Serbe Ivan Markovic est l’un des directeurs de la photographie les plus remarquables en activité, et a collaboré ces dernières années avec Angela Schanelec, Marta Popivoda ou Dane Komljen. Mais c’est en tant que cinéaste qu’il est distingué au Festival de Cannes avec Promised Spaces, montré à l’ACID. Markovic avait déjà signé un premier long prometteur, From Tomorrow on, I Will, sélectionné il y a quelques années à la Berlinale et au sujet duquel nous l’avions rencontré. Les motifs de son premier long sont à nouveau explorés ici, déplacés de Pékin dans From Tomorrow à une ville cambodgienne dans Promised Spaces.
Magnifiez votre vie promet un panneau publicitaire aux abords d’un chantier. La promesse semble venir autant du passé que du futur car dans Promised Spaces, la ville-fantôme semble côtoyer la ville de demain. La caméra d’Ivan Markovic s’invite dans cet espace comme dans un secret. La nuit, on chante, un chat se promène, les vêtements sèchent. On essaie de trouver le sommeil malgré la chaleur moite qui fait briller la peau. La nuit ouvre une porte vers une autre réalité, c’est presque une traversée du miroir lorsque le soleil s’est couché. On y déambule, mais on déambule aussi de jour. Markovic dépeint différentes solitudes parmi les espaces pleins et les espaces vides.
Comme dans From Tomorrow on, I Will, il y a ici un talent frappant pour mettre en scène l’espace et l’architecture. Le béton est entouré par la végétation, comme si les buildings avaient poussé dans la nature. En un vertige, le gigantisme côtoie le minimalisme. Image saisissante : une bâche illustrée par un plan de la ville donne l’impression, poussée par le vent, que la cité est en relief. Le contraste entre les lieux denses et une narration épurée est frappant, et évoque le cinéma de Tsai Ming-liang dont Markovic est un admirateur. La composition du cadre chez le cinéaste serbe constitue un outil narratif sensoriel et expressif.
Pluie de jour, pluie de nuit : sur ce monde l’eau ne cesse de tomber. Elle s’infiltre dans les murs blancs, on a presque le sentiments que les humains ne devraient pas être là, ou qu’ils vont être emportés par une vague. « Je fonds », dit un personnage dans Promised Spaces. Au point de disparaître ? Tandis que rayonnent les lumières multicolores de la ville, Ivan Markovic filme des vies en sous-sol, métaphoriquement et littéralement. Et examine avec poésie cette question à la fois politique et philosophique : à qui appartient un lieu ? La possible réponse ici ressemble à un pied-de-nez : aux gens qui ne sont pas censés être là, ou aux fantômes.
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par Nicolas Bardot
