Mexico, début des années 90. Bruno grandit dans une famille joyeuse et insouciante. Quand le jour de ses onze ans, il apprend que son père a un souci de santé, la puissance de vie prend le dessus. Tout le monde continue à chanter et danser pour conjurer le sort, comme dans une chanson de salsa. Trente ans plus tard, Bruno filme et revisite les souvenirs qu’il ne pouvait tout à fait interpréter enfant.
Six Months in a Pink and Blue Building
Mexique, 2026
De Bruno Santamaría Razo
Durée : 1h45
Sortie : prochainement
Note : ![]()
OÙ EST LE CHEMIN DE MA MAISON ?
Vers qui pointer la caméra ? Le réalisateur mexicain Bruno Santamaría Razo filme sa propre mère dans la partie documentaire de Six Months in a Pink and Blue Building et s’entretient avec elle. En un cut, le film bascule dans la fiction et c’est désormais le jeune acteur qui joue son rôle enfant que Razo filme. Plus tard dans le long métrage, la mère du cinéaste lui demande d’échanger de places et c’est désormais Bruno Santamaría Razo qui est face à l’objectif de la caméra. Quelle est la meilleure façon de raconter l’histoire Six Months in a Pink and Blue Building, semble se demander Bruno Santamaría Razo en mêlant témoignages de fiction et documentaires ? Comment raconter un récit familial complexe, et qui est le plus à même de détenir les clefs de l’histoire familiale ?
C’est la surprenante dynamique sur laquelle repose Six Months in a Pink and Blue Building, dévoilé en compétition à la Semaine de la Critique. Bruno Santamaría Razo se plonge dans son passé (et pour être sûr qu’on est bel et bien dans le passé : la maison a des murs couleurs saumon), celui d’un garçonnet de toute évidence queer qui chante comme une diva sous sa douche. On croit voir venir le récit initiatique de garçon sensible et Six Months in a Pink and Blue Building est en partie cela, mais pas seulement. Le film semble basculer vers une autre histoire lorsque le père de famille apprend qu’il serait atteint d’une maladie jugée honteuse – nous sommes au début des années 90 et il est assez aisé de savoir de quoi il s’agit. Ces bifurcations appartiennent finalement au même chemin : quelle ombre traumatisante la menace du sida a plané sur toute une génération d’enfants gay au début des années 90 ?
La chronique initiatique est attachante, avec de l’humour, sa simplicité a un charme mais ce n’est pas ce qui a le plus de relief dans Six Months in a Pink and Blue Building. Il y a un troublant paradoxe à observer dans le long métrage une famille se briser à cause de quelque chose qui n’arrive pas. Il s’est passé quelque chose de grave – il ne s’est rien passé, et à hauteur d’enfant, même si l’on perçoit les disputes, il est difficile de mettre des mots sur ce tremblement de terre familial. Alors aujourd’hui, Bruno Santamaría Razo examine la mémoire des siens autant par la loupe du documentaire que par le miroir magique de la fiction. C’est, à nos yeux, le doc qui saisit le plus dans le long métrage. Les entretiens sont brefs mais percutants et apportent une électricité au film. Ces interviews montrent que personne n’a une définition évidente de ce qui fait une famille. Le thème du long métrage paraît encore avoir changé – ce n’est pas par hésitation, mais plus par fidélité vis-à-vis de son inépuisable sujet.
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par Nicolas Bardot
