Les 10 meilleurs courts métrages du Festival de Locarno 2026

Le Festival de Locarno est l’un des rendez-vous annuels les plus excitants en ce qui concerne les courts métrages. La 79e édition du festival suisse s’achève ce weekend et cette année encore, les différentes sections (nationale, internationale et Corti d’autore pour les cinéastes ayant déjà signé des longs métrages) ont offert un panorama particulièrement éclectique et stimulant de la création contemporaine. En parallèle du palmarès officiel qui vient d’être dévoilé, voici la liste des dix œuvres qui nous ont le plus enthousiasmé lors de cette édition, sur près de 45 courts vus.



• A Sweet Day | Omid Abdollahi (Iran)
L’histoire : Après une longue séparation, une jeune femme obtient enfin une visite conjugale auprès de son mari incarcéré. Elle décide alors de revivre un moment romantique dans la rude ambiance apathique de la prison.
Pourquoi on l’aime : On croit reconnaitre d’avance ici toutes les qualités narratives familières du cinéma iranien, mais derrière le savoir-faire narratif et un sens du décor notable, deux surprises contradictoires viennent nous cueillir : d’abord la sensualité qui habite la protagoniste puis un couperet cruel qui vient retransformer cette vignette carcérale en cinglant cauchemar kafkaïen.



 As A Cure | Dorothea Sing Zhang (Chine)
L’histoire : Une jeune fille fouille le désert pour retrouver sa carte d’identité afin de s’inscrire à l’académie de l’Opéra de Pékin.
Pourquoi on l’aime : Elégamment posé en équilibre sur un fil de funambule entre parabole philosophique et réalisme social, A Cure offre la vision vertigineuse d’une enfant à moitié ensevelie, sentant le poids du monde sur ses épaules face à l’immensité des dunes qui l’attendent dans le désert du monde adulte.



• Aurora Borealis | Valeriya Kim (Hongrie)
L’histoire : En suivant deux oursons polaires nés en captivité au parc animalier hongrois de Nyíregyháza, le film interroge le déracinement et la transmission de la nostalgie d’une terre natale jamais connue.
Pourquoi on l’aime : D’adorables oursons polaires barbotent dans un zoo, dans une cage dont la toile de fond reproduit un paysage de banquise, mais à quels yeux est véritablement destiné un tel artifice ? Peut-être elle-même déracinée, la réalisatrice se filme en train de regarder cet étrange et amer décalage horaire face à une terre natale inconnue, oubliée et fantasmée.



• The Bovine Comedy | Ratchapoom Boonbunchachoke (Thailande)
L’histoire : Dans un futur où les vaches ont presque disparu, Phop, un riche éleveur, possède le dernier taureau d’Asie du Sud-Est. Le vieil animal produisant peu de sperme, Phop compte sur la technique manuelle de Jon, un ouvrier pauvre. Phop se sent attiré par les mains de Jon.
Pourquoi on l’aime : Le réalisateur de Fantôme utile utilise à nouveau avec succès son mélange de sensualité tordue (un patron handicapé et louche engage un inséminateur de bœuf pour le masturber) et de futurisme pop, avec à la clé cette fois-ci une critique bien plus mordante et brutale du monde du travail et de l’exploitation des travailleurs. Le film a remporté le prix principal de la section Corti d’autore.



• Las Damas | Camille Zéhenne (France)
L’histoire : Alba, en résidence à la Casa de Velázquez, peine à trouver sa place dans le monde et dans son corps. Elle découvre au cours de ses recherches la Dama de Elche, une statue à l’origine mystérieuse, qui l’obsède.
Pourquoi on l’aime : Et si les leçons les plus utiles s’apprenaient la nuit, en cachette? A moitié larguée parmi ses colocataires d’une résidence d’artistes, une jeune femme trouve la clé de son très sérieux travail de plasticienne en pratiquant une délicieuse école buissonnière onirique, queer et sexy où les frontières n’existent plus. Cette étrange leçon d’Histoire de l’art a reçu une mention spéciale méritée.



• Melk | Filip Anthonissen (Belgique)
L’histoire : Après avoir tué le poisson préféré de sa mère, Charel s’enfuit de chez lui. Lorsqu’il revient, bien décidé à se racheter, c’est le chaos total.
Pourquoi on l’aime : Melk est conte campagnard, candide et morbide à la fois, remixé par un traitement visuel fou situé quelques part entre anamorphoses malaisantes et bad painting hors-normes, entre cauchemar grotesque en enfantillages imprévisibles. L’un des films les plus uniques et potentiellement clivants de cette édition, et le grand gagnant de la compétition internationale.



• Obscura | Timoteus Anggawan Kusno (Indonésie)
L’histoire : Hantés par la nostalgie d’un lieu qu’ils n’ont jamais connu, les employés d’une galerie volent une toile Mooi Indië et roulent vers la mer. Le karaoké keroncong et des figures des archives coloniales font de leur fuite un rêve tissé de souvenirs de seconde main.
Pourquoi on l’aime : Un vol de tableau qui ne ressemble pourtant pas du tout à un film policier, une recette de cuisine en ligne qui parle en réalité de tout autre chose, un karaoké dont les paroles traduisent un inconscient collectif… chaque vignette qui compose Obscura ressemble à un tableau absurde et burlesque tout en décalages, mais contient l’émouvant fantôme d’une Histoire coloniale oubliée.



• Private Property | Deepak Rauniyar (Etats-Unis/Népal)
L’histoire : Une station-service américaine. Deux exclus – Maya, immigrée népalaise travaillant de nuit pour se bâtir un avenir, et Danny, vétéran noir sans domicile, en quête de chaleur et d’un abri – se disputent un petit espace. Maya saisit la loi, puis une arme, pour se faire une place.
Pourquoi on l’aime : Private Property est un polar de poche qui place ses anti-héros racisés des deux côtés d’une intervention policière dans une station service. Derrière une dramaturgie au suspens classique, le réalisateur de Pooja, Sir parvient à brosser le portrait poignant d’une immigrante de bonne volonté qui se retrouve vite contaminée par la paranoïa sécuritaire américaine. Mention spéciale du prix Pardo for Change.



• Together | NEOZOON (Allemagne)
L’histoire : Une exploration du désir humain de propriété, à travers archives et réseaux sociaux. En confrontant le vivre-ensemble à l’individualisme, le film se demande si le besoin de posséder vient d’une nécessité ou d’un récit eurocentrique et patriarcal.
Pourquoi on l’aime : Un montage de bric et de broc qui a d’abord l’air d’un zapping farfelu mais qui analyse avec beaucoup de sérieux et d’ambition une question qu’on ne s’était jamais posé : au cours de l’histoire de l’humanité, qui a eu l’idée d’inventer la propriété ? Cours de sociologie pop, subliminal et vertigineux, le résultat est à nos yeux le meilleur court de cette édition.



• Zrugg | Lars Mulle (Suisse)
L’histoire : Après que le bétail d’un éleveur a été attaqué, un garde-chasse obsessionnel est envoyé sur place pour traquer et abattre le loup problématique.
Pourquoi on l’aime : Censé mener une mystérieuse enquête en foret, un garde forestier solitaire est surtout hanté par une absence. La nature embrumée est autant un cocon qu’un mausolée autour de ce protagoniste muet au cœur brisé, qui écoute le silence alentour et envoie dans le vide des sms demeurant sans réponse.


Gregory Coutaut

| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |

Partagez cet article