Festival de Locarno | Critique : I Rarely Wake Up Dreaming

L’amour d’Olya et Oleh, un jeune couple queer ukrainien, est mis à l’épreuve lorsque la transition de genre de l’un.e des deux se heurte à la vaste invasion russe. Alors que la guerre réduit et défie les frontières du masculin et du féminin, le couple se bat pour préserver ce qui l’unit et sa façon de se percevoir. Que signifie être un homme dans un pays qui se bat pour son identité et sa survie ?

I Rarely Wake Up Dreaming
Allemagne/Ukraine, 2026
De Isabelle Stever

Durée : 1h40

Sortie : –

Note :

LA FEMME DU DÉSERTEUR

Repéré à la Berlinale en 2022 avec leur premier film Grand Jeté, Le duo formé par la cinéaste allemande Isabelle Stever et la scénariste et critique ukrainienne Anna Melikova est aujourd’hui en compétition au Festival de Locarno avec I Rarely Wake Up Dreaming. Contrairement à l’autre long métrage ukrainien du festival, le conte fantastique Demony, ce nouveau film ne prend pas de chemin métaphorique pour parler de la guerre imposée par la Russie. Quoique. Après tout, le fil rouge du scénario consiste en un quasi parallèle entre l’invasion de l’Ukraine et le coming out trans d’un des protagonistes.

Formulé ainsi, il y aurait de quoi craindre le mauvais goût. Les premières scènes d’I Rarely Wake up Dreaming nous plonge d’ailleurs dans une dispute conjugale aux dialogues particulièrement mélodramatiques et artificiels tels que « Je suis entrée dans une relation contre mon gré » ou « Tu m’a pourtant promis que tu resterais toujours la même personne ». Cette séquence s’avère heureusement être un flash-forward et le film redémarre rapidement sur des rails un peu plus facilement digestes. Nous sommes fin 2021, la télévision diffuse des discours de Zelensky appelant à l’unité et à l’espoir en l’avenir. De l’espoir, le couple de protagonistes amoureux en a à revendre. Oleh est un mec trans qui vient d’avoir ses nouveaux papiers indiquant sa véritable identité de genre. Dans l’euphorie du moment, il demande en mariage Olya, ravie de pouvoir rassurer ironiquement sa mère en lui disant qu’elle n’est plus lesbienne et qu’elle s’est enfin trouvé un mari.

Puis la guerre éclate, et le couple envisage de quitter le pays. Or aucun homme de moins de 61 ans n’a le droit de quitter le territoire, alors que faire ? Le meilleur passage du film réside dans une séquence répondant directement à cette question : une reconstitution immersive et brillamment mise en scène du chaos qui régnait dans les postes où des gardes frontières tentait de guider des foules de citoyens apeurés. Le face-à-face cinglant qui oppose une militaire zélée à Oleh, reniant sa nouvelle identité et se faisant en vain passer pour une femme, est sans doute le point d’orgue d’I Rarely Wake Up Dreaming.

Le reste du long métrage, situé dans une Ukraine désormais envahie, manque de relief en comparaison et retrouve en quelque sorte ses grands airs des débuts en posant mot pour mot des questions trop grandioses telles que « ça veut dire quoi être un homme en temps de guerre ? « . Coincé entre des générations aux actions différentes (vieux blasés ou jeunes naïfs actifs sur les réseaux sociaux), Oleh repousse le plus longtemps possible le moment d’aller prendre les armes, et au moment où celui-ci regarde finalement la caméra dans les yeux depuis l’intérieur des tranchées, on se demande quel regard le film pose sur sa destinée.

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par Gregory Coutaut

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