Un portrait de la Biélorussie contemporaine raconté à travers les histoires de personnes ayant subi l’emprisonnement, la répression et l’exil – des voix réduites au silence par un régime autocratique.
Letters Fom the Silenced Country
Pologne, 2026
D’Andrei Kutsila
Durée : 1h15
Sortie : –
Note : ![]()
COURRIER DIPLOMATIQUE
Le « pays réduit au silence » auquel fait référence le titre de ce documentaire, c’est la Biélorussie, ou Belarus. Un pays sous dictature que le cinéaste Andrei Kutsila a été contraint de fuir il y a cinq ans suite aux violentes répressions des manifestations liées aux résultats truqués des élections présidentielles. Désormais basé en Pologne, Kutsila compose ici un film d’exilé, situé en quelque sorte des deux côtés de la frontière. Un film qui traduit à la fois les sentiments de solitude et de colère de ses citoyens.
Letters From the Silenced Country multiplie les témoignages de personnes ayant fui, étant restées, ou des familles séparées de force. Les lettres qui donnent leur titre à ce documentaire sont celles écrites par quatre personnes qui ne se connaissent pas : un ancien détective, une étudiante, un père en cavale et un prisonnier. Certains d’entre eux s’adressent à leurs proches disparus, d’autres cherchent à évacuer ce qui leur est interdit d’exprimer, notamment par le dessin. Lus en voix off, ces monologues épistolaires viennent remplacer un dialogue rendu impossible dans ce pays cadenassé. « C’est dans le journal que nous avons appris ce qui t’était arrivé, dans la rubrique criminelle bien sûr », confie une voix pudique qui n’a pas la liberté d’aller dans les détails.
Pour illustrer ces récits, Andrei Kutsila propose une forme variée. Si les peintures abstraites et griffonnages gris foncés apportent une respiration plutôt convenue, c’est le souffle coupé que l’on découvre les nombreuses images filmées en secret à l’intérieur de ce pays dont justement rien ne filtre jamais. Des images montrant des forces armées omniprésentes bien sûr, mais aussi des images plus inattendues de manifestations, et plus fou encore : des images de surveillance captées par les caméras du KGB biélorusse. Ce sont ces images qui viennent dire tout haut ce que les lettres ne peuvent pointer du doigt. « Ce pays sera-t-il encore en mesure d’exister d’ici vingt ans ? » se demande une voix avec un mélange d’espoir et de fatalité, mais Letters From the Silenced Country n’est ni un film sur le passé ni sur l’avenir : tout cela se déroule maintenant, chez nous en Europe.
| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |
par Gregory Coutaut
