Festival de Busan | Critique : Hilol

À vingt-trois ans, Hilol a été élevée par son père comme un fils. Sa mère est morte à sa naissance, et bien qu’elle ait été championne de Taekwondo, elle n’a maintenant guère d’autre occupation que de s’occuper de son père à la maison.

Hilol
Ouzbékistan, 2026
De Botir Abdurakhmanov

Durée : 1h27

Sortie : –

Note :

UNE FILLE AU MASCULIN

Hilol n’est pas du genre à se laisser faire. Dans ce premier long métrage éponyme réalisé par l’Ouzbek Botir Abdurakhmanov (dévoilé en compétition au Festival de Busan), Hilol intimide les pharmaciennes, sonne les cloches à son père, et latte les gros bonshommes moustachus qui se dressent sur son chemin. Hilol est une femme, mais vous pouvez abandonner vos clichés sur une féminité soi-disant fragile et réservée – Hilol n’a jamais froid aux yeux et c’est ainsi que son père l’a élevée. Plus précisément, Hilol a été élevée comme un garçon. Le film ne fait jamais explicitement le récit d’un personnage queer, mais plutôt d’une protagoniste qui est le fruit d’une société ultra-patriarcale. On a attribué à Hilol un rôle qui ne devrait pas être le sien : être le fils que son père n’a pas eu. Voilà qui est devenu son identité, mais à quel prix ?

Hilol raconte toute une succession d’affrontements et d’épreuves, et menace d’ailleurs lui-même de rester bloqué sur la même note. Le film manque à nos yeux de ressource narrative et c’est ce qui peut le figer. Hilol débute par un plan sur sa protagoniste qui effectue un entraînement physique, la tête à l’envers. La tête à l’envers, c’est peut-être comme ça qu’Hilol a été éduquée ; la tête à l’envers, c’est peut-être le sort commun réservé à quiconque grandit dans l’univers brutal et aride dépeint par Botir Abdurakhmanov. Hilol fait un décompte lors de son entraînement, et ce décompte qui chiffre les efforts fournis ressemble aussi à un compte à rebours rythmant une vie entière sous pression. « Même un chien ne t’épouserait pas, Hilol », lui balance t-on à la figure, tandis que la jeune femme continue à tracer son chemin.

D’où peut venir l’émancipation d’Hilol ? Abdurakhmanov donne des couleurs délavées à son récit, entre gris et marron. L’ample décor désertique a quelque chose de vertigineux, avec ses poteaux électriques et ses ponts qui s’élèvent haut dans le ciel. Lors d’une succession de plans, Hilol se trouve seule dans ces décors désolés et déshumanisés. Voilà qui paraît faire écho au traitement déshumanisant dont Hilol a été victime, elle qui dans ces images frappantes n’est plus qu’une silhouette, un fantôme. Qui Hilol est-elle vraiment ? Son actrice très investie (Nargiza Bakayeva) lui confère une présence à l’écran tandis que le film ouvre une porte dans son tout dernier acte qui donne une respiration bienvenue au récit.

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par Nicolas Bardot

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