Dans un futur proche, en Ukraine post-guerre, un réalisateur en difficulté rêve de faire des films à nouveau. Il vit à Kyiv avec son fils de 18 ans, tandis que sa femme bien-aimée et sa jeune fille restent à Vienne, la ville où elles se sont réfugiées au début de l’invasion à grande échelle de la Russie.
To the Victory !
Ukraine, 2025
De Valentyn Vasyanovych
Durée : 1h45
Sortie : –
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NOS DÉFAITES
To the Victory !, le titre du nouveau film réalisé par l’Ukrainien Valentyn Vasyanovych, sonne comme un élan. L’optimisme peut guider les protagonistes du film, mais il y a aussi un réalisme amer à l’esprit. La victoire est un souhait, et le cinéma peut être un (fragile) moyen de résistance, ou de survie. To the Victory ! raconte l’histoire d’un réalisateur, joué par Vasyanovych lui-même, et prénommé comme lui. On peut facilement deviner des touches autobiographiques au cœur du quotidien de ce cinéaste dans un pays abimé par la guerre, et qui se demande à quel point peuvent être futiles des films que finalement peu de gens vont voir. Valentyn en a conscience : les personnages qu’il crée ne peuvent probablement rien contre les conséquences du conflit, le film dans film peut difficilement avoir un happy end, et la radio au début du long métrage ne diffuse que des nouvelles pessimistes.
Alors quelles perspectives s’ouvrent, dans la réalité comme dans cette mise en abyme ? L’Ukraine ressemble à l’utopie triste dépeinte par le cinéaste dans son film Atlantis. Réalisé en 2019, Atlantis se déroulait dans un futur proche et racontait les lendemains de la guerre en Ukraine, en 2025 – déjà du passé. La vie d’après (et le trauma qui va avec) était aussi examinée dans sa précédente fiction, Reflection. To the Victory ! poursuit cette réflexion, alors que « tout le pays ressemble à Tchernobyl » comme le commente un personnage sarcastique. « Oui je veux faire des films, et seulement en Ukraine » affirme le protagoniste-cinéaste, s’interrogeant sur le sens d’une victoire dans un pays qui aurait été vidé de ses habitant.es.
Le dispositif formel de To the Victory ! est assez proche de ceux d’Atlantis et de Reflection : de longues prises sans coupe, avec un cadre généralement fixe. Vasyanovych sait subtilement manœuvrer la tension qui s’invite dans l’image immobile, mais qui n’est pourtant jamais figée. Ironiquement, la caméra peut finir déséquilibrée lorsque la voiture dans laquelle on se trouve roule dans un trou qui s’est creusé sur la route, symbole trivial et farceur du chaos quotidien en Ukraine. L’image bascule mais la caméra tourne toujours. Les personnages sont abîmés mais vivent encore. Le cinéaste déroule le temps à travers les différentes générations qu’il filme : du grand-père au père, du père au fils. Il est plus ou moins impossible de communiquer de l’un à l’autre, de l’autre à l’un, comme dans n’importe quelle famille, confrontée à la guerre ou non.
Dans un cimetière rempli d’homonymes, la tombe de la grand-mère semble introuvable. To the Victory ! parle de la transmission empêchée, des embûches qui jalonnent le chemin des générations, mais dépeint une transmission malgré tout. Parce que c’est humain et qu’on ne peut rien n’y faire, parce que le père apprend à son fils à conduire et que les choses, malgré les cataclysmes, sont ainsi. Les hommes et femmes qui vivent la guerre ne sont pas défini.es par elle : iels vivent, certes entre les bombes, font des choix (parfois mauvais, parfois à contre-coeur). Se bourrent la gueule et disent des conneries (on peut deviner à travers des reflets que le héros et son pote regardent à la télé… un précédent film de Vasyanovych). Tout est dramatique mais tout n’est pas toujours si sérieux dans To the Victory !. C’est par la description de ce lien sensible qui subsiste entre ses hommes que le long métrage trouve son cœur, rappelant l’humanité simple lorsque la sordide routine de la guerre peut transformer les individus en statistiques.
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par Nicolas Bardot
