TIFF | Critique : Hex

Trois jeunes Norvégiennes forment un groupe de sorcières et créent le groupe de black metal Witch Club Satan. Très vite, elles se produisent dans les plus grands festivals internationaux. Mais la bataille ne fait que commencer.

Hex
Norvège, 2026
De Maja Holand

Durée : 1h32

Sortie : –

Note :

NOS SORCIÈRES BIEN AIMÉES

Les sorcières chantent leur puissant manifeste dès le début de Hex, documentaire réalisé par la Norvégienne Maja Holand. Ces sorcières ne sont pas des créatures fantaisistes, ni des figures du passé : elles vivent de nos jours et font même des tournées avec le groupe de rock qu’elles ont créé. Ce premier long métrage raconte en effet la trajectoire du groupe Witch Club Satan, composé de trois jeunes femmes. Celles-ci sont maquillées comme pour un film d’horreur mais n’y voyez pas un déguisement : il est simplement question, comme l’indique l’une des protagonistes, de « devenir les sorcières que nous sommes ». C’est une peinture de guerre, un rituel : un artifice pour mieux incarner sa vraie nature.

Autodidactes et initialement peu calées en technique musicale, les Witch Club Satan se décrivent avant tout comme des autrices et artistes performeuses. La musique comme pratique de la magie : voilà une belle idée explorée dans le long métrage. Dans des festivals de métal où des masculinistes conservateurs ou carrément d’extrême-droite voient forcément d’un mauvais œil l’arrivée de femmes considérées comme appartenant à l’extrême-gauche, la présence du groupe se fait remarquer – notamment lors de ce morceau de bravoure où l’une d’elles interpelle sur scène, devant un public pas forcément acquis à leur cause, le leader de Pantera après les saluts nazis effectués par ce dernier. Ces sorcières et les femmes qu’elles sont en ont « marre de baiser le cul de Satan » et qui, à part quelques sinistres réacs, peut leur donner tort ?

Au fil du documentaire a lieu un procès de fiction contre ces empêcheuses de tourner en rond. Une idée judicieuse, à nos yeux sous-exploitée – et ce n’est d’ailleurs peut-être pas dans sa structure narrative qu’Hex trouve sa principale force. La fougue politique des Witch Club Satan fait beaucoup pour le film : il y a quelque chose de galvanisant à assister à cette sonnerie d’alarme vociférante, au désir inarrêtable de se tenir debout et d’oser provoquer, au courage décuplé lorsqu’il est partagé. On peut, au fil du documentaire, voir hors scène des meufs comme les autres (dont l’une vit… à Bordeaux). Mais gare aux idées toutes faites sur les filles : « tu n’es pas vraiment qui tu es, puisque tu est affectée par des éléments extérieurs », entend-on avec lucidité dans Hex. Voilà le chemin du film qui ne se limite pas à un doc musical de captations et d’entretiens : comment chercher sa sorcière intérieure, comment la trouver, comment l’embrasser et comment la faire hurler ?

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par Nicolas Bardot

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