Charlie espère faire carrière dans le monde du luxe et s’inscrit dans une école. Le temps d’un été, des femmes du monde entier apprennent les codes de l’élégance, de l’étiquette et de la conversation visant à les préparer aux cercles de l’élite. Alors qu’elles affinent leurs gestes et leurs manières, ambitions, discipline et métamorphose personnelle se révèlent peu à peu.
Small Talk
Suisse, 2026
De Mateo Ybarra
Durée : 1h35
Sortie : –
Note : ![]()
A LEURS MANIÈRES
Small Talk se déroule dans un décor rendu immédiatement appétissant par sa rareté et son anachronisme : une école de bonnes manières pour jeunes femmes. Le genre d’institution que l’on ne croise plus que dans de sages adaptations littéraires en costumes ou dans des films d’horreurs avides de sévices. Small Talk n’est pourtant ni l’un ni l’autre, et l’école en question n’est ni un souvenir du temps jadis ni un donjon fantasmé : elle existe bel et bien, nichée quelque part aux abords du lac de Genève. L’une des dernières maisons du genre, qui vit peut-être ses dernières années. Rentrons vite dedans avant que la porte ne se referme pour de bon.
Ecole militaire, camp de scouts et aujourd’hui école de bonnes manières : le cinéaste suisse Mateo Ybarra (lire notre entretien) fait film après film le portrait d’institutions typiques de son pays. Dans des lieux si difficiles d’accès, la simple observation pourrait suffire à maintenir l’intérêt, mais le cinéma d’Ybarra est plus singulier que cela, et Small Talk est un film hybride à plus d’un titre. Au milieu de sa captation des journées de cours (beaucoup) ou de repos (un peu) de ces étudiantes appliquées à retenir la place de telle ou telle fourchette, le cinéaste a effet plongé un sacré bout de fiction sous la forme de Charlie, protagoniste interprété avec panache par l’actrice française Hélène Bares.
Personnage de comédie jamais moqueur mais toujours charmant, Charlie se prête au jeux avec gourmandise et l’oeil malicieux. Dans ce décor délicieusement rétro, mis en valeur par un travail notable sur la photo et les couleurs, les rituels un peu guindés inculqués aux étudiantes ont en effet quelque chose de gentiment risible ou désuet. Small Talk pourrait se contenter de nous faire faire ainsi le tour du propriétaire aux cotés de Charlie, mais le film pose progressivement un regard différent sur cette école ou plutôt sur ses élèves. Contrairement à ce qu’indique son titre, Small Talk ne se contente pas d’un bavardage superficiel. A mesure que la frontière entre Charlie et ses camarades s’estompe, les sujets abordés se font plus sérieux et moins déconnectés du reste du monde. Ybarra compose un portrait collectif de ces jeunes femmes venues du monde entier, ni naïves ni hautaines, pour bénéficier d’une éducation « dans un but d’indépendance féministe ».
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par Gregory Coutaut
