Festival de Films de Femmes de Créteil | Critique : Mama

7 jours au cœur d’un village rural dans la Chine des années 90. Le film retrace les souvenirs de Xianxian, alors 12 ans, concernant sa famille et son village. Durant cette semaine, elle va être la témoin de trois morts et deux naissances, notamment le décès de sa propre mère lorsque celle-ci donne naissance à la quatrième sœur de Xianxian…

Mama
Chine, 2020
De Li Dongmei

Durée : 2h14

Sortie : –

Note :

TOUT SANS MA MÈRE

Mama s’ouvre par un plan où l’on suit la jeune héroïne : nous sommes presque postés par dessus son épaule, tout près d’elle. Il faudra profiter de cette proximité car elle sera rare. La caméra dans Mama est souvent à distance, voire à très grande distance. On observe de très loin le chemin des enfants vers l’école. On observe aussi à bonne distance les repas successifs. Tout cela s’enchaîne comme une mélodie qu’on connaît par cœur : le chemin dans la nature, les comptines qu’on chante. On éprouve la longueur des déplacement comme celle des moments plus statiques. On regarde car on est là, avec les personnages.

Le potentiel pittoresque (et la joliesse du village) est déjouée par la lenteur. Mais celle-ci n’alourdit pas les séquences : elle invite à redécouvrir ce que l’on voit. Le film peut avoir un côté japonais dans sa douceur (on pense au village dans les nuages de Suzaku), mais la radicalité esthétique de la mise en scène est bien chinoise et rappelle des films récents tels que les inédits (et pourtant superbes) Ghost in the Mountains de Yang Heng et Life After Life de Zhang Hanyi. La radicalité, narrative cette fois, se trouve dans le choix de raconter le non-événement, et de ne pas dramatiser ce qui d’un coup peut surgir de tragique. Il y a une pudeur dans Mama qui caractérise chaque élément constituant le film.

Li Dongmei (lire notre entretien), finement, parvient pourtant à émouvoir. Le quotidien semble paisible et silencieux. La nature superbe et luxuriante. Mais celle-ci est aussi impassible. Les personnages prennent, eux, la dimension de paysages géants, et le film effectue à cet égard un travail émouvant et étonnant sur les échelles. Les protagonistes peuvent bien être de mini-taches dans la nature. Mais malgré les différentes morts, le film se concentre avec sensibilité sur les vivants. Mama refuse la psychologie ou le sentimentalisme. Li sait suggérer, comme dans ces scènes où l’héroïne a sa jeune sœur qui joue dans ses pattes – comme s’il n’y avait déjà plus personne pour la garder à la maison. Dans ce village, il n’y a que des sentiers sinueux partout, au sens propre comme au sens figuré. Le voyage vaut largement le coup : il y a au bout ce petit trésor.

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par Nicolas Bardot

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