Festival de Karlovy Vary | Critique : A Happy Family

Niki a deux boulots, mais le peu d’argent qu’elle gagne suffit à peine à subvenir aux besoins de ses deux jeunes enfants. Un jour, alors qu’elle les laisse sans surveillance, ils mettent accidentellement le feu à la cuisine et les autorités suisses les placent dans une famille d’accueil à l’autre bout du pays. Bien qu’interdite de contacter ses enfants, Niki décide de partir à leur recherche.

A Happy Family
Suisse, 2026
De Jan-Eric Mack

Durée : 2h01

Sortie : –

Note :

INCOGNITO, BIEN DANS MA PEAU

Dans cette famille qui a effectivement l’air bien heureuse, tout débute comme il se doit, c’est à dire autour de la table du petit déjeuner où chacun s’affaire avec des sourires pourtant un tantinet nerveux. Ce portrait a priori quasi idéal n’a débuté que depuis quelques instants à peine que, d’un mouvement inattendu, la caméra nous dévoile un caillou dans ce douillet chausson : assise dans un recoin de la cuisine, une assistante sociale observe ce rituel domestique et prend des notes. Mère célibataire pleine de ressources mais précaire tout de même, Niki est fliquée jusque devant ses paquets de céréales, mais elle n’est pas du genre à laisser cela ruiner ses journées.

Avec son indéboulonnable sourire timide et gêné, Niki ne ressemble pas vraiment aux mères courages que l’on a l’habitude de croiser dans le cinéma social. Ca tombe bien, A Happy Family n’est pas non plus vraiment dans les codes. A l’inverse du ton angoissant (ou du moins très sérieux) attendu, le film offre une atmosphère douce-amère et gentiment chaotique, où un haussement d’épaule amusé vient répondre même aux situations les plus graves. Ce drôle d’équilibre, qui régit autant le quotidien de Niki que le scénario tout entier, prend fin rapidement alors que l’administration décide de séparer pour de bon l’héroïne de ses enfants. Ce choc pourrait réveiller la lionne en Niki, mais il réveille plutôt… l’espionne.

Une teinture, quelques mensonges et un cambriolage plus tard (une séquence qui n’aurait pas besoin de beaucoup d’effets supplémentaires pour sortir d’une comédie d’aventure), Niki part incognito à l’autre bout du pays pour retrouver ses enfants, ce à quoi elle parvient étonnamment vite, presque à mi-film. Et maintenant on fait quoi ? Une fois quasi parvenu à la ligne d’arrivée, une fois la famille heureuse à nouveau réunie, c’est comme si le scénario ne savait plus exactement quelle piste privilégier pour meubler le reste du film. La deuxième moitié du récit, où les enfants se retrouvent laissés à la périphérie des aventures sentimentales de Niki empêtrée dans sa double identité, ne possède pas toujours la charmante richesse de tons de la première,  mais elle a pour mérite de mettre en avant la performance d’Anna Schinz dans le rôle principal.

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par Gregory Coutaut

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