Festival de Sarlat | Critique : Gentle Monster

Lucy et Philip sont heureux, ils viennent d’emménager avec leur fils dans une maison de campagne près de Munich. Un matin, leur vie bascule lorsque la police se présente à leur domicile pour arrêter Philip et saisir ses ordinateurs. Bouleversée, Lucy cherche la vérité sur son mari. Qui est-il réellement ? Doit-elle l’éloigner de son fils ?

Gentle Monster
Autriche, 2026
De Marie Kreutzer

Durée : 1h54

Sortie : 13/01/2027

Note :

WOULD I LIE TO YOU ?

Lucy est une chanteuse et pianiste à la Tori Amos : elle joue de deux pianos en même temps sur scène, et fait des reprises d’artistes masculins auxquels elle apporte son point de vue à elle. Dans la première scène de Gentle Monster, Lucy travaille ainsi sur une reprise de Would I Lie to You ?, tube des années 90 interprété par le duo Charles & Eddie. Il peut y avoir quelque chose de trop évident, au cinéma en général et dans ce film en particulier, à utiliser une chanson dont le texte est littéralement une clef du récit. Te mentirais-je ? dit le morceau ; l’époux de Lucy lui aurait-il caché des choses ? L’utilisation de Would I Lie to You ? est néanmoins un peu troublée et pas seulement illustrative – Lucy tord la chanson, se l’approprie, en fait autre chose. Elle est très reconnaissable, un peu méconnaissable, et sème le doute.

Voilà une tension qui va être explorée dans le long métrage, et qui rappelle ce que l’Autrichienne Marie Kreutzer a pu examiner dans ses précédents films. Il est beaucoup question de dualité dans The Ground Beneath My Feet (en compétition à la Berlinale en 2019), et il y a deux Sissi dans Corsage (sorti chez nous en 2022). Il y a également deux Philip dans Gentle Monster, c’est ce que révèle l’arrivée de la police venue enquêter dans la demeure familiale (celle-ci est censée accueillir « une nouvelle vie » pour la famille, qui ne semble pas avoir vraiment débuté). Mais il y a peut-être aussi deux Lucy : celle qui croit, celle qui cherche à croire autre chose – en somme celle qui est habitée par des sentiments contradictoires jusqu’au vertige existentiel.

Philip est un mari et un père, Philip est séduisant, athlétique, a une vie sexuelle avec sa compagne – par bien des manières, Marie Kreutzer déjoue les clichés sur les prédateurs pédophiles, loin d’un imaginaire monstrueux et plus proche de la sordide réalité : des gentle monsters. La cinéaste compose avec efficacité le portrait de cette épouse qui voit le sol se dérober sous ses pieds. Comment et dans quel état se réveille t-on après avoir vécu auprès d’un total étranger qui est aussi l’homme qu’on aime ? Outre une écriture minutieuse, Gentle Monster peut largement s’appuyer sur la performance intense de Léa Seydoux. Celle-ci est plongée dans une profonde solitude, mais ce sont aussi ses interactions avec les autres qui donnent du relief au film : celle attentive et terrifiée avec son fils, celle pour le moins complexe avec son mari, mais aussi celle, authentique et nuancée en quelques touches, auprès de sa mère interprétée par Catherine Deneuve.

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par Nicolas Bardot

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