Critique : Ce qui reste

Quand Asli, brillante étudiante en médecine, rencontre le charismatique Saeed au milieu des années 90, c’est le coup de foudre. Ils se marient, et Asli promet à Saeed de lui être fidèle et de ne jamais dévoiler ses secrets. Leur avenir semble radieux, mais à l’approche du vingt-et-unième siècle, Saeed prend une décision qui va non seulement briser les rêves d’Asli, mais faire trembler le monde entier.

Ce qui reste
Allemagne, 2021
De Anne Zohra Berrached

Durée : 1h58

Sortie : 11/08/2021

Note :

JE VEUX UN AMOUR QUI VOLE

Dans Deux mères, un couple de lesbiennes entame un parcours du combattant pour adopter un enfant. Dans 24 semaines, une femme enceinte est confrontée à un choix lorsqu’elle apprend que son futur enfant sera lourdement handicapé. Dans Ce qui reste, une jeune femme s’engage dans une relation amoureuse interdite qui va avoir des conséquences tragiques. Dans chacun de ses films, aux sujets ambitieux, l’Allemande Anne Zohra Berrached examine en détails la relation entre le politique et l’intime, entre ce qu’impose la société et ce qui se passe chez soi une fois la porte fermée.

Ce qui reste débute de la manière la plus festive et légère qui soit, dans une fête foraine un peu cheap où la radio du manège diffuse un vieux tube de Gala. « Freed from desire, mind and senses purified » : libérée du désir, l’esprit et les sens purifiés – cela pourrait être un avertissement pour la jeune héroïne qui va tomber amoureuse du mauvais garçon. Grâce à une structure elliptique habilement exploitée, Berrached observe ce qui pèse sur les épaules d’Asli, qu’ils s’agisse du poids des traditions ou de la place que prend sa famille. La cinéaste sort des cases pré-programmées du portrait de femme en souffrance en ne dévoilant son vrai sujet que progressivement – à savoir l’emprise que le mari d’Asli a sur elle.

Le titre original du film, Die Welt wird eine andere sein (La Terre sera différente) est à première vue plus métaphorique, moins concret que le titre international, Copilot. Mais c’est ce titre international qui met le doigt sur l’intéressante ambigüité avec laquelle Anne Zohra Berrached traite son sujet et son personnage. Quelle est la place de cette copilote ? Qu’est-ce qu’elle pilote au juste ? Qu’est-ce qu’Asli maîtrise réellement dans sa vie ? Les moments les plus réussis du film sont ceux où l’on voit l’héroïne en visite à sa belle-famille, et où elle ressemble à un poisson rouge sorti de son bocal. Asli a des réactions que l’on pourrait, vues de l’extérieur, trouver idiotes ? Mais cette brillante étudiante n’est pourtant pas idiote du tout. Son histoire et l’Histoire vont pourtant se dérouler sans qu’on ne lui demande son avis et Berrached réussit un portrait plus complexe qu’en apparence.

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par Nicolas Bardot

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