Critique : Adios, rios

Les habitantes et habitants d’un village de montagne résistent à la dépopulation et à l’isolement. Eladio, le garde forestier local, part à la recherche d’une ourse errant dans la vallée. Lorsque Xacobo, un villageois âgé, se perd dans les montagnes, les événements prennent une tournure inattendue.

Adiós, ríos
Espagne, 2026
De Sebastián Uría

Durée : 1h20

Sortie : –

Note :

LA DISPARITION

On entre dans Adiós, ríos un peu comme dans un rêve : par une porte ouverte sur une mystérieuse pénombre, traversée par un cheval. D’autres animaux paisibles sont croisés au cœur du paysage bucolique du film, tandis qu’une chanson promet le paradis. Dans ce premier long métrage, l’Espagnol Sebastián Uría dépeint le déclin d’un village à la montagne : c’est un quotidien placide dans un beau décor, mais on sent le crépuscule qui vient – ou qui est déjà venu. Vieilles pierres, chat qui miaule, le temps semble s’être un peu arrêté et la vision d’une antenne parabolique sur une maison ressemble à une anomalie anachronique.

L’argument d’Adiós, ríos est ténu, mais la simplicité et l’épure du film possèdent un charme notable. Le regard de Sebastián Uría parvient à être suffisamment radical pour ne pas réduire le film à un cliché pittoresque et le rapport au temps est sensiblement modifié par la qualité immersive du récit. Séduisant et un peu fantôme, ensoleillé et hanté en même temps, le décor du film manie des contraires cinégéniques. A l’église, les peintures de saints s’effacent, les visages disparaissent peu à peu. Les films d’archive viennent montrer un monde évanoui, et avec lui une culture, une part d’identité.

Adiós, ríos n’est pas pour autant prisonnier d’une vision nostalgique et passéiste. Tout à coup dans le film, on aperçoit une ourse au loin dans la nature, qui vit sa vie. Plus tard des oursons, et d’autres animaux. On ne voit plus d’humains à l’écran ? Le temps ne s’arrête pas pour autant, le monde ne s’est pas éteint, la vie continue – juste sans homme ni femme. Rien ne cesse, et le pouvoir allégorique d’Adiós, ríos dépasse ainsi le simple cadre du village pour s’étendre à quelque chose de plus ample, de plus universel : plus personne ne parlera de nous quand nous serons mort.es.

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par Nicolas Bardot

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