Critique : N’oublie pas les fleurs

Lors du réveillon du Nouvel An, Izumi retrouve sa mère Yuriko errant dans un parc par un froid glacial. Quelques mois plus tard, elle est diagnostiquée comme souffrant d’Alzeihmer et sa mémoire décline rapidement. Pour son fils, les souvenirs de la mère qui l’a élevé seule sont toujours aussi vivaces. L’un d’eux en particulier, lorsqu’il croyait qu’elle avait disparu, le hante terriblement. Alors que Yuriko sombre lentement dans l’oubli, Izumi doit accepter de perdre à nouveau sa mère, cette fois pour toujours.

N’oublie pas les fleurs
Japon, 2022
De Genki Kawamura

Durée : 1h44

Sortie : 01/03/2023

Note :

SOUVENIRS CHIFFONNÉS

Présenté en compétition à San Sebastian, N’oublie pas les fleurs est le premier long métrage en tant que réalisateur du Japonais Genki Kawamura (lire notre entretien). Kawamura s’est auparavant distingué en tant que producteur et pas des moindres, puisqu’il est derrière les films d’animation de Mamoru Hosoda (Les Enfants loups, Ame et Yuki, Belle) et Makoto Shinkai (Your Name., Les Enfants du temps) ou encore les thrillers de Tetsuya Nakashima, Confessions et It Comes.

Film en prises de vue réelles et ample mélodrame, N’oublie pas les fleurs se situe dans une autre tonalité. Les premiers instants laissent néanmoins planer le doute sur une tension fantastique : l’héroïne, Yuriko, semble partout à la fois dans son appartement, la prise sans coupe suggérant une sorte de paradoxe temporel. C’est pourtant bien de cela qu’il s’agit, mais dans un registre parfaitement réaliste : cette sexagénaire est gagnée par la maladie d’Alzheimer et le fil du temps est de plus en plus flou.

Les plans-séquences de Kawamura permettent ainsi de suivre l’action tout en perdant son fil. Les allées du supermarché sont filmées comme un vertigineux labyrinthe – ou comme une citation (probablement involontaire) du clip Come Into My World de Kylie Minogue, réalisé par Michel Gondry. L’ambition formelle de N’oublie pas les fleurs est assez remarquable ; son travail sur les couleurs et surtout sur une lumière en clair-obscur nourrit le paysage émotionnel du long métrage et son inéluctable crépuscule.

L’écriture, à nos yeux, n’est pas toujours d’une franche légèreté. Les non-dits finissent par être hurlés, les détails délicats poinçonnés à l’image, et on a le sentiment que N’oublie pas les fleurs aurait largement pu être délesté. Il y a, néanmoins, une indéniable générosité dans ce récit, une aspérité également à composer un personnage qui n’est pas qu’une mère courage à sacrifier. Celle-ci est interprétée avec talent par Mieko Harada (lire notre entretien), qu’on a pu voir chez de grands cinéastes comme Yasuzō Masumura, Shinji Sōmai, Akira Kurosawa ou encore Kinji Fukasaku. Elle offre un trouble et une sensibilité à ce premier essai qui a le mérite de viser haut.

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par Nicolas Bardot

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