À 17 ans, Audrey se sent à l’étroit à Lens et aspire à une vie plus grande, ailleurs. Sa rencontre avec un groupe d’Ultras bouleverse tout : elle découvre avec eux la ferveur du collectif autant que ses contradictions. À leur contact, elle va progressivement changer de regard sur elle-même et sur ce qui l’entoure, d’une manière qu’elle n’imaginait pas…
L’Une des leurs
France, 2026
De Marie Rosselet-Ruiz
Durée : 1h35
Sortie : prochainement
Note : ![]()
JEU DANGEREUX
Lorsque les garçons s’époumonent dans le stade de football à Lens, la sage Audrey est plutôt du genre à lire du Romain Gary à la baraque à frites. Audrey n’est pas du groupe, et n’est pas encore l’une des leurs pour citer le titre du premier long métrage de la Française Marie Rosselet-Ruiz. On a pu remarquer la cinéaste avec le plus léger Les Reines du mambo, co-réalisé avec sa sœur Hélène Rosselet-Ruiz (qui a elle aussi signé un premier long cette année en solo avec Le Triangle d’or). Dans L’Une des leurs, la cinéaste fait le portrait d’une jeune Nordiste qui vise une grande école – une école qui nécessitera de prendre le train, d’aller à Paris, et de quitter le milieu dans lequel elle vit.
Le milieu, dans le long métrage, n’est pas qu’un point sur une carte de France. Audrey a la tranquille mais solide ambition d’entrer dans un espace qui ne lui est pas réservé, Audrey a tôt fait d’être renvoyée à ses origines sociales, et le récit initiatique est ici indissociable d’un propos sur les classes. Tout est politique, a fortiori dans des régions abandonnées par le pouvoir, et où l’extrême-droite s’est implantée. L’Une des leurs examine tout un spectre qui va du racisme ordinaire le temps d’une remarque, à l’aigreur des losers qui n’ont que le racisme comme seule grille de lecture de leurs échecs, en passant carrément par le racisme pathologique et obsessionnel digne des spectateurs de Cnews.
Ado chaleureusement accueillie dans un nouveau groupe d’amis, Audrey observe jusqu’au point de bascule. Le film n’excuse pas mais explore ce qui peut mener à l’extrême – dans un registre assez voisin, Marie Rosselet-Ruiz nomme davantage les choses que le récent, tiède et timoré Jouer avec le feu des sœurs Coulin. Le point de vue de L’Une des leurs est intéressant, même si le film, dans sa confection, ne sort jamais vraiment des conventions et se limite parfois un peu trop à la dissertation. Il ouvre néanmoins une discussion d’actualité, et est incarné avec authenticité par la talentueuse Céleste Brunnquell.
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par Nicolas Bardot
