Festival de Varsovie | Critique : Her First Taste

Wen Yuwen, une jeune fille passionnée d’écriture, cherche à se connecter avec les autres, en ligne comme dans la vie réelle. Après avoir été témoin d’une confrontation entre deux garçons, elle engage une conversation profonde avec l’un d’eux. À cause de leurs différences, ils ne peuvent pas complètement se comprendre, mais dans la tension entre intimité et distance, elle goûte pour la toute première fois l’essence douce-amère d’une connexion intime.

Her First Taste
Chine, 2026
De Yiwen Gong

Durée : 1h47

Sortie : –

Note :

MON AMITIÉ PARTICULIÈRE

Wen Yuwen, sage lycéenne au visage encore enfantin, aime écrire. Ce qu’elle écrit ? Des fanfics gay et incestueuses. « C’est pathétique », tranche un garçon croisé presque par hasard, avec une véhémence qu’il ne semble même pas réaliser. Cette insulte pourrait donner lieu à un récit d’affirmation et d’épanouissement, ou tout simplement à une paire de claques dans la figure du mec, mais non, c’est là le point de départ d’une singulière relation entre ces deux jeunes gens faisant leurs premiers pas maladroits dans leurs vies d’adultes. Cette brutale remise en question est comme un caillou dans la chaussure du quotidien doux de l’héroïne, et elle a bien envie de savoir d’où celui-ci a été jeté.

Yiwen Gong n’a pourtant pas de problème d’estime de soi, elle n’est pas bête (après la journée de classe, la discussion prend naturellement pour sujet Marcel Duchamp) et elle ne manque pas non plus de compagnie affective, que ce soit dans sa famille ou auprès de sa meilleure amie avec qui elle forme une paire inséparable, filmée avec beaucoup de chaleur. Elle n’est pas dupe de la pédanterie de ce mec-là et elle n’a certainement pas envie de sortir avec lui. C’est une curiosité intriguée qui la pousse à recroiser régulièrement la route de cet ado intello sorti d’on ne sait où. Ce qui se joue entre eux n’est pas de l’amour ou même de la séduction, quoique… Wen Yuwen sait-elle bien ce qu’elle espère en fréquentant ce garçon qui n’est certes pas le dernier des odieux, mais dont le manque de tact est souvent condescendant ? Une occasion de grandir plus vite, plus fort ? 

Avertissement : c’est parfois une épreuve pour le spectateur que de faire preuve de la même patience que l’héroïne face à ce mec pénible, cela d’autant plus que le ton d’Her First Taste n’est pas du tout à la comédie. Pour son tout premier long métrage, la réalisatrice chinoise Yiwen Gong offre au contraire une proposition assez exigeante, où les nombreux dialogues n’empêchent pas une absence d’explication sur cette amitié déséquilibrée, et ce jusqu’au bout. Ce n’est pas là le seul numéro d’équilibriste du film, car l’austérité de l’écriture est paradoxalement traduite par une authentique chatoyance visuelle. Le travail sur la lumière et les compositions transforme le moindre trajet en bus ou déambulation dans des couloirs en rite de passage sorti d’un conte magique. Pas toujours très facile d’accès, le résultat bénéficierait sans aucun doute d’une écriture plus concise et moins répétitive, néanmoins le résultat final ne manque pas de personnalité, à fortiori pour un premier long métrage. 

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par Gregory Coutaut

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