Chieri est une jeune femme qui n’a jamais ressenti d’attirance romantique ou sexuelle. Elle se sent toujours un peu à l’écart dans un monde obsédé par l’amour. Son isolement prendra t-il fin après sa rencontre avec Shoya ?
silver express
Japon, 2026
De Miki Tanaka
Durée : 1h37
Sortie : –
Note : ![]()
SENTIMENTS SONGES
Le cœur de Chieri est telle une forêt enneigée : c’est l’indice que nous donne le premier plan de silver express représentant des bois couverts de flocons, et c’est ce que l’on comprend plus tard au fil du long métrage, dévoilé en compétition au Festival de Busan. « Tout va bien ? T’as l’air un peu déprimée en ce moment » dit-on à Chieri, qui effectivement a l’air de porter toute la peine du monde sur ses fragiles épaules. Chieri est aromantique et asexuelle, ce qui la plonge dans une profonde solitude quant à côté d’elle ses copines n’ont que les garçons à la bouche et que les garçons pensent que sociabiliser avec Chieri va peut-être leur permettre d’échanger un baiser. Qu’est-ce que Chieri entend que les autres n’entendent pas ?
Remarquée avec son court métrage Ginger Boy qui fut sélectionné à la Cinef du Festival de Cannes en 2025, la Japonaise Miki Tanaka signe son premier long métrage avec silver express. Sa thématique reste encore très rarement abordée au cinéma – récemment, on peut penser à Slow de la Lituanienne Marija Kavtaradze dont le héros était aussi asexuel. Voilà qui donne évidemment une singularité au long métrage, dont la confection (à la mise en scène, à l’écriture) demeure solidement classique. On a parlé du premier plan de silver express, en pleine nature. En un cut incisif, nous nous retrouvons en pleine ville : dans un bus, dans un cinéma qui diffuse un film d’action, dans la rue, dans un bar. Ce contraste souligne rapidement le sentiment de déconnexion entre Chieri et son environnement. Chieri ne se sent pas à sa place, à moins que ce ne soient les autres qui se trouvent à une drôle de place. Son malaise est là et déjà bien installé quand le film débute.
L’un des défis de silver express est de rendre vivant et dynamique un film dont l’héroïne semble frappée d’une sorte de tristesse apathique – un challenge qui ne nous paraît pas entièrement relevé et le récit est peut-être un peu trop figé, en surplace. Miki Tanaka ouvre néanmoins un espace sensible et nous invite à explorer le labyrinthe que peut représenter l’interprétation des émotions. « Comment être fidèle à soi-même ? », questionne un rayon de librairie dont les livres sont consacrés au développement personnel. Chieri n’a pas de guide pratique pour naviguer dans la vie, dans ses sentiments et ceux des autres. Le film gagne du relief à avoir une héroïne pas nécessairement aimable, dont on embrasse la dimension pathétique. Celle-ci est incarnée de manière convaincante par la nouvelle venue Yui Okamoto. Cette dernière traduit avec conviction l’expérience de la solitude de Chieri, tandis que la bande originale remarquable vient subtilement souligner un sentiment de désorientation.
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par Nicolas Bardot
