Festival de Karlovy Vary | Critique : Ton animal maternel

De retour au Costa Rica après des études en Europe, Elsa retrouve sa petite sœur Amalia, seule dans la maison familiale. De plus en plus insaisissable, celle-ci semble enfermée dans des croyances ésotériques. Elsa essaie d’alerter leurs parents, mais ni le père, trop occupé par ses nouvelles conquêtes, ni la mère, absorbée par la réédition des poèmes érotiques de sa jeunesse, ne semblent prendre la mesure de la situation. Le retour d’Elsa engage les trois femmes à interroger leur lien indéfectible.

Ton animal maternel
Costa Rica, 2026
De Valentina Maurel

Durée : 1h45

Sortie : 07/10/2026

Note :

ROYAUME ANIMAL

De passage dans son pays de naissance, le Costa Rica, alors qu’elle s’est établie en Belgique, Elsa se retrouve enfermée dehors. C’est-à-dire que la serrure de la maison habitée par sa sœur Amalia a été changée, et à vrai dire Amalia semble également enfermée mais à l’intérieur. Tout le monde a l’air prisonnier d’une situation aliénante dans Ton animal maternel, l’évier lui-même est bouché et la petite sœur surenchérit : « tout est bouché ».

La maison d’Amalia est un capharnaüm, des losers complotistes y squattent, et il y a un gros tag « Puta » qui est inscrit au mur. Bref, rien ne va chez elle qui semble perdre le contact avec le réel et est persuadée de protéger la maison des fantômes. D’ailleurs, qui regarde lors de ces plans répétés en plongée ? Des esprits perchés au sommet de la ville ? La caméra vive de Valentina Maurel, qui filme ses héroïnes dans la foule, est attentive au pouls de la cité. Il y a quelque chose de poreux et qui circule entre l’électricité de la ville et l’électricité du clan familial. Le concert de klaxons se transforme d’ailleurs en mélopée de cuivres et les murs ne semblent protéger de rien.

Ton animal maternel compose un portrait de famille particulièrement orageux, avec des parents semi-démissionnaires. La mère veut plus de temps pour elle – ce qui semble être une manière polie de dire qu’elle ne pense qu’à sa gueule. Ironie dans ce contexte brutal : elle est une autrice… de poésie. Maurel filme avec nerf et écrit avec un mélange d’attachement et de férocité des relations familiales contraintes, où les individus sont à la fois des intimes et des étrangers. On juge et on mord ; Elsa revenue dans sa famille se retrouve victime de gaslighting : « Ne dis pas que c’est ta sœur la folle, tu es un hot mess aussi ». Il y a peut-être quelque chose de vrai dans cette affirmation : la famille, à l’opposé des clichés mièvres, est vue ici comme un organisation mutante dont personne ne peut sortir intact, et dont les membres sont incapables de ne pas se faire du mal.

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par Nicolas Bardot

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