Gianina, jeune Roumaine, travaille comme employée de maison dans une famille bourgeoise bordelaise. Elle répète le soir avec une troupe de théâtre amateur le rôle d’une soubrette dans une adaptation du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. Au quotidien, elle s’occupe de Louen, le fils de ses employeurs, tandis que sa propre fille grandit loin d’elle, en Roumanie.
Le Journal d’une femme de chambre
France, 2026
De Radu Jude
Durée : 1h34
Sortie : –
Note : ![]()
MON LAID MIROIR
Cette année à Cannes, de nombreux cinéastes étrangers se sont retrouvés aux manettes de productions françaises ou de film avec des acteurs français. Plus ou moins réussis, les résultats sont venus rappeler qu’il faut beaucoup de talent pour ne pas perdre sa patte de cinéaste lors de tels déménagements. Auteur d’une des œuvres les plus subversives, mais aussi les plus prolifiques, du cinéma d’auteur de ces dernières années, Radu Jude avait-il suffisamment d’inspiration pour ne rien perdre de sa verve dans ce projet francophone improbable commandité par le producteur Saïd Ben Saïd ? Déjà un film de commande, son Dracula nous avait laissé sur une note pleine de doute.
Le début de cette nouvelle adaptation du Journal d’une femme de chambre laisse craindre une trop grande hétérogénéité et il faut quelque temps au film (pourtant pas bien long) pour trouver son assise et convaincre de sa recette. En effet, les dialogues ont d’abord l’air un peu toc (mais peut-être est-ce juste le fait de les entendre en français pour la première fois), la mise en abyme artificielle d’une pièce de théâtre dans le film parait avoir été agrafée à la va-vite afin de ne pas oublier le matériau littéraire d’origine, et Vincent Macaigne prend une place un peu trop grande avec ce qu’il convient d’appeler son numéro très habituel. Difficile de pointer du doigt le déclic exact, mais à force de férocité, Jude parvient pourtant à donner une direction et une harmonie à tout cela.
C’est sans doute que le film devient de plus en plus méchant. Filmée avec l’image trop crue d’un téléphone, l’opulence des rues bordelaises devient quelque chose d’étrange et un peu dégueu. Macaigne laisse progressivement place à la très précieuse Marie Rivière, prête à se lancer avec gourmandise dans un grand show d’humiliation volontaire. A l’image de sa protagoniste, fière émigrée roumaine contrainte de devenir une docile femme de ménage dans une famille bourgeoise, Le Journal d’une femme de chambre laisse monter la colère en lui, assume son vrai visage et finit par n’avoir plus que l’injure hilarante à la bouche. Jude peut alors laisser libre court à une caricature où même les enfants sont insultés, une comedia dell’arte n’ayant que faire d’une subtilité bourgeoise qui n’oserait pas se salir les mains.
Il manque sans doute à ce Journal d’une femme de chambre un peu plus d’inventivité formelle pour se hisser à la hauteur des meilleurs films de Jude. Celles et ceux qui découvriront le cinéaste par ce film-là risquent de se demander comment l’auteur de cette farce familière peut avoir obtenu un Ours d’or mérité il y a quelques années. On a effectivement connu Jude plus inspiré et preneur de risque, et on a hâte de le retrouver dans cette position, mais en attendant il ne s’est pas laissé contaminer par la bourgeoisie qu’il filme ici. Pour un invité cinématographique dans notre pays, il se comporte même avec une grossièreté réjouissante, nous renvoyant un reflet bien laid de la France. On a sûrement dû le mériter.
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par Gregory Coutaut
