Festival de Cannes | Critique : The Station

Au Yémen, Layal gère une station-service exclusivement réservée aux femmes, un havre de paix dans un pays déchiré par la guerre. Les règles y sont simples : pas d’hommes, pas d’armes, pas de politique. Quand son tout jeune frère est mobilisé, Layal doit renouer avec sa sœur. Ensemble, elles n’ont que quelques heures pour le sauver.

The Station
Yémen, 2026
De Sara Ishaq

Durée : 1h52

Sortie : prochainement

Note :

ENTRE LES MURS

« Ni hommes, ni armes, ni politique » : c’est la règle dans la station service uniquement réservée aux femmes où se déroule The Station. Ni hommes, ni armes, ni politique, mais il est malgré tout beaucoup question d’hommes dans le long métrage, de la menace des armes et des conséquences de la politique. Comment s’extraire totalement de ce monde patriarcal ? La réalisatrice yéménite-écossaise Sara Ishaq filme cette utopie, les grands murs censés la protéger, et tous les trous au travers. Car quand une voix au haut parleur évoque le contrôle des femmes, ou lorsque le pouvoir vient chercher les jeunes frères ou fils pour les envoyer à la guerre, le mantra ni hommes, ni armes, ni politique ne pèse plus bien lourd.

Nommée à l’Oscar du meilleur court métrage documentaire pour Karama Has No Walls, Sara Ishaq signe son premier long métrage de fiction, dévoilé à la Semaine de la Critique. Elle ne filme jamais la guerre à proprement parler ; celle-ci, dans un intéressant parti-pris, demeure hors champ, mais sa présence et sa réalité imprègnent le long métrage. « Pas de bombes aujourd’hui ? », demande t-on avec une pointe d’ironie. Ici, dans ce refuge, les femmes rient, prient, chantent, racontent des histoires intimes. Ce sont elles qui assurent le maintien de la société lorsque les hommes disparaissent au front. Les hommes ? Un panneau dans la ville vante la guerre en indiquant « La gloire vous attend » et s’adresse aux hommes… de plus de 12 ans. Les affiches de martyrs, collées aux murs, ne sont pas loin.

Dehors, les garçons jouent à la guerre, puis parlent de comment faire la guerre. Le film a un sujet fort avec ses enfants aspirés par les conflits, dévorés par un ogre contre lequel les femmes sont bien désarmées. Si l’articulation du scénario nous a semblé un peu trop scolaire, The Station, par son regard chaleureux et nuancé, va contre les clichés déshumanisants. L’élégance colorée du long métrage est également une idée qui constitue un contrepoint efficace aux clichés attendus pour dépeindre une telle histoire. S’il y a des couleurs, celles-ci ne peuvent pas totalement recouvrir un monde terrible où tout le monde est perdant. Loin de la station-service, Sara Ishaq filme ce qui ressemble à un océan fleuri de tombes. Elle raconte l’espoir maintenu comme une flamme entre quelques murs, mais aussi, peut-être, le seul espoir qui reste : la fuite.

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par Nicolas Bardot

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