Festival de Cannes | Critique : Dora

Une famille vient se ressourcer au bord de mer, loin de l’agitation de Séoul. La fille, Dora, souffre d’une mystérieuse maladie. Sa découverte de l’amour libère une énergie aussi puissante que dangereuse, qui n’est pas sans conséquence sur son entourage…

Dora
Corée du Sud, 2026
De July Jung

Durée : 2h17

Sortie : prochainement

Note :

LES EXPLORATIONS DE DORA

Une voiture roule sur un bitume chaud, et les routes empruntées sont de plus en plus étroites jusqu’à atteindre une maison perdue dans les bois. Les premiers instants de Dora, nouveau long métrage de la Coréenne July Jung, pourraient presque évoquer des codes du film d’horreur – ce que le long métrage n’est nullement. Dora examine d’ailleurs beaucoup d’idées préconçues pour mieux les retourner, et le cadre familial dans lequel se déroule le long métrage constitue le décor idéal pour cela. July Jung s’inspire librement du cas Dora selon Sigmund Freud, mais opère là aussi un basculement du point de vue. Son long métrage est habile pour tisser, observer, remuer les dynamiques entre ses différents protagonistes. Tout cela en offrant la place qu’elle mérite à sa singulière héroïne : Dora.

Quelque chose cloche chez Dora : son père parle à sa place de façon parfaitement passive agressive, elle est semble t-il atteinte d’un mal sur lequel on ne met pas de nom, elle a les cheveux dans les yeux pour ne pas vous voir et d’ailleurs elle préfère baisser le store de sa chambre plutôt que de profiter de l’horizon. Quelque chose cloche chez Dora, à moins que quelque chose ne cloche encore plus dans son entourage. Les rapports sont brutaux, les personnages ne se disent rien ou se disent trop. Les protagonistes se penchent sur Dora, souhaitent la peindre, la désirent, mais quid de ses désirs à elle ? July Jung raconte le chemin initiatique de son héroïne, son parcours d’affirmation dans des structures patriarcales, familiales, hétéronormées, qui ne veulent qu’une chose : le statu quo. Le film, lui, préfère le chaos.

Noyade, crise d’épilepsie, engueulades homériques : il se passe beaucoup, beaucoup de choses dans Dora. Les scènes sont d’abord courtes, les enchaînements sont vifs. La transformation de Dora accompagne une remise en question de l’ordre établi, notamment à ses dépens. Dora est un film moins net, moins poli, plus bancal que A Girl at My Door et About Kim Sohee, mais c’est précisément ce qui le rend plus intéressant à nos yeux. Il y a une ampleur dramatique dans le long métrage que l’on n’avait pas pressentie : celle-ci devrait être clivante et tant mieux. L’émancipation passe ici par des épisodes grand-guignols et même des actes répréhensibles. July Jung ne justifie en rien, mais le mauvais esprit invite à comprendre. Dora prend des risques et peut évoquer les Kim Ki-duk première période : par leur méchanceté, par l’exacerbation des sentiments, par cette zone grise entre réel et surréel, par son mystérieux élément marin.

Visuellement élégant, le long métrage apporte un soin particulier à la lumière et aux couleurs. Le film se distingue également par la qualité de son interprétation, de la découverte Kim Do-yeon dans le rôle titre à la toujours remarquable actrice japonaise Sakura Ando à ses côtés. Le film s’attache à faire ressentir ce que ses personnages portent sur et sous leur peau : l’audacieux chaos, chéri par la réalisatrice et ses actrices, réussit plutôt cela.

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par Nicolas Bardot

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