Misa et Takatoshi ne se connaissent pas encore lorsqu’ils rejoignent une petite entreprise japonaise d’astronomie. En quête d’un nouvel équilibre, ils ont délaissé une carrière toute tracée : elle, en raison d’un syndrome prémenstruel qui bouleverse son quotidien ; lui, à cause de crises de panique aiguës. Peu à peu, ils apprennent à travailler autrement, se rapprochent, s’apprivoisent… et découvrent qu’une présence suffit parfois à éclairer la nuit.
Jusqu’à l’aube
Japon, 2024
De Shô Miyake
Durée : 1h59
Sortie : 14/01/2026
Note : ![]()
LES PASSAGERS DE LA NUIT
Révélé il y a une dizaine d’années à Locarno avec son premier long métrage (Playback), le Japonais Sho Miyake s’est depuis, petit à petit, fait une place à la fois discrète et précieuse dans le cinéma mondial. Discrets et précieux, voilà qui pourrait également caractériser ses longs métrages, comme ses récents And Your Bird Can Sing ou La Beauté du geste, sorti chez nous en 2023. Ses protagonistes semblent eux-mêmes vivre un peu à l’ombre du monde, qu’il s’agisse d’une jeunesse mélancolique et perdue, d’une boxeuse qui ne sait plus ce qu’elle fait sur son ring, ou des protagonistes de son nouveau long métrage, Jusqu’à l’aube, présenté au Forum de la Berlinale.
« Je ne désire rien de particulier », déclare Misa, qui semble avoir décidé de son propre effacement. « Comment voulez-vous que les gens me voient ? » : Misa est étendue sous la pluie battante, elle souffre du syndrome prémenstruel qui la dépose, en quelque sorte, à côté du monde. A côté du monde, Takatoshi l’est aussi en raison de ses crises de panique. La rencontre de ces deux personnages, qui se sentent aussi inadapté.e.s au réel qu’au monde du travail, pourrait être le point de départ d’une romance téléguidée. L’une des bonnes idées de Jusqu’à l’aube est plutôt de déjouer ce cliché et de raconter avec sensibilité un lien platonique.
Est-ce un tremblement de terre ? Non, il ne s’agit finalement que de légères secousses, constate-t-on au cours de Jusqu’à l’aube. Le film est constitué de tels non-événements, jusqu’à manquer de tension dramatique (a fortiori sur 2 heures). Sho Miyake sait, néanmoins, filmer sans cris, mettre en scène une douceur enveloppante, dépeindre la nuit et tous ses possibles sous les étoiles. Rehaussé par la bande originale signée Hi’Spec (également auteur de celle de And Your Bird Can Sing), Jusqu’à l’aube est une tendre et humble petite réussite.
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par Nicolas Bardot
