Festival de San Sebastian | Critique : Two Seasons, Two Strangers

En été, Nagisa et Natsuo se rencontrent en bord de mer. Leurs regards vides se reflètent l’un l’autre tandis des mots maladroits sont échangés, pataugeant dans l’océan sous la pluie. En hiver, Li, une scénariste, se rend dans un village enneigé. Elle y trouve une chambre d’hôtes tenue par Benzo. Bien que leurs conversations se rejoignent rarement, Li et Benzo se lancent dans une aventure inattendue.

Two Seasons, Two Strangers
Japon, 2025
De Shô Miyake

Durée : 1h29

Sortie : –

Note :

HORS SAISON

Parler, ça ne rend pas les gens moins seuls. Cette réplique entendue dans La Beauté du geste, réalisé par Shô Miyake en 2022, pourrait s’appliquer à tous ses longs métrages. Parler, ça ne rend pas moins seuls les jeunes gens paumés dans And Your Bird Can Sing, tandis que l’héroïne malentendante de La Beauté du geste reste muette. Dans ce Two Seasons, Two Strangers, dévoilé en compétition à Locarno, l’une des protagonistes se sent comme dans « une prison de mots ». Au fil de Two Seasons, Two Strangers, il est précisément question de « choses qui arrivent et ne peuvent être retranscrites par des mots ». Un film sur ce qu’on ne peut pas nommer : les sentiments les plus enfouis, le lien qui inexplicablement nous unit. Et pourtant, dès les premiers instants, on peut voir un personnage devant sa plage blanche, prête à rédiger un scénario.

Cut : ce que l’on voit est-il une retranscription dudit scénario, ou tout autre chose ? Le script est rédigé en coréen qui, depuis les 1001 Hong Sangsoo vus depuis une vingtaine d’années, est devenu la langue officielle de la mise en abyme. Le premier segment de Two Seasons, Two Strangers se déroule dans un décor estival accueillant. Partir pour se retrouver ? Shô Miyake n’est pas vraiment client de ce genre de clichés : dans Two Seasons, Two Strangers on part surtout pour ne pas se retrouver – à l’image du récit d’apprentissage sans apprentissage de And Your Bird Can Sing. Le cinéaste, par son travail sur le son et le silence, donne une atmosphère de rêve au récit. On attend un moment avant qu’un premier mot ne soit prononcé dans le long métrage. L’héroïne est seule au musée, seule à la plage. Le film laisse une place précieuse au temps qui passe et à l’introspection.

« L’ennui favorise l’imagination » entend-on dans Two Seasons, Two Strangers. Dans la première partie du film, un typhon est en vue. Dans le second segment, la neige tombe en abondance. Les personnages en petites fourmis se retrouvent à l’ombre des éléments puissants, tandis que leurs relations restent dépeintes en pointillés. La coexistence de ces deux histoires dans le même film ne produit peut-être pas, à nos yeux, l’effet espéré – les deux récits semblent davantage posés l’un à côté de l’autre sans s’additionner. C’est par le geste de Miyake que Two Seasons, Two Strangers se distingue, par la grâce de son regard de metteur en scène (il est comme dans ses précédents films un très bon cinéaste de nuit) et par son atmosphère enveloppante (utilisation remarquable une fois encore de la musique). Le film saisit avec finesse et élégance ce qui est difficile à saisir, comme le « souvenir des rêves qui s’efface trop vite ».

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par Nicolas Bardot

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