Festival de Locarno | Critique : O jacaré

Reboleira, une banlieue de Lisbonne. Le butin d’un braquage a mystérieusement disparu. Dans la zone bouclée par la police, les rumeurs vont bon train et les spéculations s’enchaînent. Parmi les habitant et les habitantes, toute une galerie de personnages hauts en couleur rêvent de mettre la main sur le butin. Qui réussira à s’en emparer en premier ?

O jacaré
Suisse/Portugal, 2026
De Basil Da Cunha

Durée : 1h35

Sortie : –

Note :

AUX VOLEURS

Un caïman s’est échappé, c’est les informations télévisées qui le disent, mais cette nouvelle absurde provoque bien moins la panique chez les personnages qu’une opportunité de plus de s’envoyer des insultes à la figure : « ce caïman a une aussi grande bouche que toi, alors ferme la » se balance-t-on sans même prendre le temps de réfléchir. Pas le temps de réagir non plus lorsqu’un accident de voiture a lieu dans la rue et que le chauffard disparait illico (ne clignez pas des yeux pour ne pas rater le cameo éclair de Carloto Cotta), laissant derrière lui son épave et peut-être le butin d’un braquage. Il n’y a pas vraiment le temps de quoi que ce soit dans O jacaré, comédie sociale et film choral où règne le chaos.

Le cinéaste suisse et portugais Basil Da Cunha filme la communauté racisée qui vit à Reboleira, un quartier périphérique de Lisbonne bientôt voué à la destruction. Le cinéaste dit avoir souhaité offrir à ces habitants « une dernière danse avant sa disparition » et de fait, O jacaré a beau être peuplé de gros bras armés, de magouilleuses en tout genre et donc d’un caïman en liberté, le résultat ressemble moins à un film noir classique qu’à un carnaval. Les divers protagonistes s’avèrent incapables de conserver bien longtemps la main sur le fric ou sur le dangereux animal, ou même de tirer sur autre chose qu’une piscine gonflable, mais le cinéaste pose sur eux un regard suffisamment attendri et valorisant pour éviter tout folklorisme moqueur. Cette ronde d’arnaques et de poursuites obéit à un fil narratif qui possède sa part de répétition et (paradoxalement) de prévisibilité, mais elle fait aussi preuve d’une dose sympathique de mauvais esprit.

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par Gregory Coutaut

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