Critique : Le Retour

Khédidja travaille pour une famille parisienne aisée qui lui propose de s’occuper des enfants le temps d’un été en Corse. L’opportunité pour elle de retourner avec ses filles, Jessica et Farah, sur cette île qu’elles ont quittée quinze ans plus tôt dans des circonstances tragiques. Alors que Khédidja se débat avec ses souvenirs, les deux adolescentes se laissent aller à toutes les tentations estivales : rencontres inattendues, 400 coups, premières expériences amoureuses. Ce voyage sera l’occasion pour elles de découvrir une partie cachée de leur histoire.

Le Retour
France, 2023
De Catherine Corsini

Durée : 1h46

Sortie : 12/07/2023

Note :

VOYAGE EN TERRAIN CONNU

Pour son dernier long métrage, la cinéaste Catherine Corsini a choisi de poser ses valises dans un recoin très familier du cinéma français, au confluent du film de vacances en famille où tout déraille et la chronique de premiers émois amoureux en bord de mer. Le Retour fait mine de démarrer littéralement sur les chapeaux de roues, roulant à toute vitesse sur une route de corniche en lacets (le président du jury cannois Ruben östlund y verra-t-il un clin d’oeil à la séquence similaire de Snow Therapy ?), mais dès la scène suivante, les adolescentes sont prévenues : « t’inquiète, il va rien t’arriver ici ». C’est bien sûr faux, car beaucoup d’événements les attendent, mais c’est un peu vrai aussi car le spectateur, lui, ne risque pas d’être très dépaysé.

Ce placide « ici », c’est un coin de Corse où les héroïnes ont vécu il y a longtemps : les filles étaient trop jeunes pour y avoir des souvenirs, et maman préférerait au contraire éviter de se remémorer certains événements passés. Au fil de l’été qu’elles s’apprêtent à passer dans la région, elles vont devoir apprendre à faire la paix avec leur histoire et avec elles-mêmes. Comme on le voit, Corsini n’a pas peur des archétypes, elle nous les sert même avec grand appétit : le jours sont remplis de soleil, l’eau de la piscine a des beaux reflets d’argent et les déjeuners sur la terrasse donnent effectivement envie de passer rejoindre les personnages de l’autre côté de l’écran. Le charme opère, tout simplement.

En exagérant à peine, on pourrait dire que le scénario est aussi confortable mais pépère qu’une saga de l’été ou qu’un roman de gare lu distraitement sur la plage. Or Corsini en est quand même à un stade de sa carrière où elle pourrait faire preuve d’un peu plus d’ambition artistique que ça. Davantage qu’elle, ce sont les trois actrices principales qui méritent des félicitations, parvenant par leur naturel à rendre leurs personnages vivants, nuancés et attachants. La réalisatrice semble vouloir profiter d’une scène de fête avec sexe et drogue pour insuffler plus de danger à son film, comme si elle souhaitait soudain réaliser son Mektoub My Love. La maladresse de cette séquence vient percer la bulle de cette comédie dramatique jusqu’ici plutôt sympathique. A partir de ce moment-là, il est en effet impossible d’oublier que les deux films ont en commun d’avoir eu des conditions de tournage très controversées.

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par Gregory Coutaut

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