Critique : La Frappe

Enzo, 19 ans et sa soeur Carla, 20 ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père, Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l’idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé, Enzo doit se confronter à une vérité qu’il a trop longtemps gardée pour lui.

La Frappe
France, 2026
De Julien Gaspar-Oliveri

Durée : 1h46

Sortie : 02/09/2026

Note :

SOUS LA PEAU

Dans le plan qui ouvre La Frappe, la caméra est tellement collée à la peau qu’on dirait qu’elle la parcourt à la recherche d’une entrée, comme si elle voulait aller fouiller en dessous. On ne sait pas encore à qui appartient le corps que l’on est en train d’explorer d’aussi près, dans quelle position ou situation il se trouve, et c’est comme si la caméra nous disait que peu importe le contexte, c’est ce qu’il y a sous la surface qui compte. C’est sans doute là la meilleure idée de mise en scène d’un film qui, par la suite, brille davantage par son écriture et son interprétation.

Jeunes adultes ou grands enfants, on ne sait pas top, Enzo et Carla s’entendent bien et mènent une vie modeste mais chaleureuse, une vie où les relations ont l’air simple. Lorsque leur père revient après une longue absence, c’est une excellente nouvelle accueillie à bras ouverts, du moins par Enzo. Celui-ci héberge papa et lui propose de l’accompagner dans ses petits boulots comme s’il s’agissait de son meilleur pote plutôt que de son géniteur. Tout irait pour le mieux si Carla n’était pas horrifiée face à la situation. Pourquoi ? Le scénario de La Frappe a l’intelligence de ne pas donner trop vite les réponses aux questions complexes qu’il pose. Etonné par l’attitude de sa sœur rabat-joie, Enzo ne remarque pas que son père est gêné par ses démonstrations si affectives qu’on dirait un labrador excité de retrouver son maître. Quelque chose cloche très fort.

Cette impression de danger est soulignée, ou plutôt très, très surlignée, par la mise en scène. C’est peu dire que pour son premier long métrage, Julien Gaspar-Oliveri a voulu rester proche des corps. La Frappe est un film qui a de la colère a revendre, et la manière dont il l’exprime est à coups de plans rapprochés et de zooms intempestifs sur les visages, une formule dont l’intensité limite anxiogène aurait plus d’attraits si la photo proposait quelque chose de plus contemporain que ce filtre un peu jaunasse qui rappelle le cinéma français des années 90.

Là où La Frappe déjoue tout éventuel sentiment de déjà-vu, c’est dans le contrepied qu’il prend pour parler d’inceste et plus généralement, de violence familiale. Là où les clichés se seraient contentés de montrer que l’horreur provient uniquement de la violence du père, Julien Gaspar-Oliveri montre que le problème provient aussi de l’admiration sans bornes d’Enzo pour son père, de leur connivence masculine, de son incapacité à admettre sa violence, y compris envers lui-même. C’est l’intensité de ce constat là qui secoue, bien davantage que les mouvements de caméra.

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par Gregory Coutaut

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