Festival CPH:DOX | Critique : G – 21 Scenes from Gottsunda

Pendant cinq ans, le quotidien de gangs suédois vu de l’intérieur par un cinéaste, dans la région où il a grandi.

G – 21 Scenes from Gottsunda
Suède, 2024
De Loran Batti

Durée : 1h20

Sortie : –

Note :

MON VIEUX PAYS NATAL

Gottsunda est une banlieue de la ville d’Uppsala, un endroit dit sensible où vivent des populations racisées et marginalisées. C’est là que le cinéaste suédois Loran Batti a grandi, c’est là qu’il pose sa caméra pour tourner G – 21 Scenes from Gottsunda, un récit dont les protagonistes sont des garçons comme Batti… ou presque. Batti raconte de l’intérieur ce qu’il a vécu, ce que vivent ses camarades. Ce « qu’aucun Suédois ne peut comprendre » et « combien nous sommes brisés », entend-on dans le film. Des photos d’enfance apparaissent à l’image, des images tournées au téléphone prennent le relais. Qu’est-ce que cela signifie, de grandir à Gottsunda ?

Si certains garçons semblent jouer un rôle, G – 21 Scenes from Gottsunda évite la romantisation de gangsters. « On est quelqu’un que dans notre propre monde » affirme l’un des intervenants, distinguant nettement la réalité de Gottsunda et celle du monde qui l’entoure. Il y a dit-on une beauté à grandir en étant un « gosse du ghetto », et Batti porte en effet un regard tendre sur tout ce qui lui semble familier. G – 21 Scenes from Gottsunda dépeint des hommes forgés par leur environnement et l’impitoyable déterminisme qui s’abat sur les gosses de Gottsunda devenus adultes. « Je me sens impuissant et inutile », se lamente un protagoniste.

Si Loran Batti filme cela de l’intérieur, la question de la place qu’il occupe aujourd’hui se pose. Car, malgré tout, le cinéaste s’est distancé de ce lieu. C’est sa responsabilité de faire ce film – voilà sa conviction. Mais le long métrage, dévoilé au Festival CPH:DOX, est autant sur les jeunes hommes filmés que sur la distance que le cinéaste a peu à peu prise avec son lieu de naissance. Cette amertume donne du relief au long métrage dont l’équilibre est néanmoins fragile – lorsque Loran Batti se demande quelle direction peut prendre son film, on est tenté de se poser la même question à plusieurs reprises lors du visionnage.

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par Nicolas Bardot

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