A voir en ligne | Critique : Et puis nous danserons

Merab s’entraîne depuis son plus jeune âge dans le cadre de l’Ensemble National Géorgien avec sa partenaire de danse, Mary. Son monde est brusquement bouleversé lorsque le charismatique Irakli arrive et devient son plus fort rival et son plus grand désir.

Et puis nous danserons
Suède, 2019
De Levan Akin

Durée : 1h50

Sortie : 06/11/2019

Note :

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On avait repéré le nom du réalisateur Levan Akin au générique de la série télé Real Humans et du long métrage Cirkeln, adaptation d’une saga jeune adulte particulièrement populaire en Suède. Des projets de commande sans doute, qui apparaissent rétrospectivement comme des pas de coté avant Et puis nous danserons, dans lequel il se livre de façon plus personnelle. Le film est en effet né d’un retour aux sources au sens propre: un retour en Géorgie, dont Akin est originaire. Le projet est même directement né à Tbilissi, lors de la Pride de 2013, où les manifestants furent attaqués par un millier de personnes hostiles. De la Géorgie d’aujourd’hui, Akin filme avec respect les splendides traditions (costumes, chorégraphies, alphabet, polyphonies), tout en sous-entendant que leur intouchable beauté peut aussi devenir une prison.

Dans Et puis nous danserons, les garçons (même les plus sensibles) ont beau avoir des posters de Messi affichés dans leur chambre, le moyen le plus fier de prouver sa virilité reste la danse. Cela peut paraitre paradoxal vu d’ici, mais il n’est pas question de n’importe quelle danse. Celle que l’on voit dans le film est ancestrale, une tradition source d’énormément d’estime. Une danse qui demande beaucoup d’effort physique, servant ainsi de prétexte idéal pour ceux et celles toujours très prompts à opposer masculinité et faiblesse. « La danse géorgienne, c’est pas la Lambada » nous prévient le professeur en criant sur ses élèves comme sur nous. Il est question de sauver son honneur, rien de moins.

Une danse qui se fait le menton haut, mais que l’on fait malgré tout sur la pointe des pieds. C’est un cheminement tout aussi feutré que va devoir suivre le jeune Merab quand il va découvrir son désir naissant pour l’un de ses camarades de ballet. Mais de la même façon que la sexualité n’existe pas dans la danse géorgienne, l’homosexualité n’existe pas dans la société géorgienne. A moins d’aller s’enfouir dans de sombres marges, à moins de risquer le pire. Le parcours de Merab pour être accepté des autres n’est peut-être pas d’une grande originalité scénaristique, mais telle une cabriole, son chemin de croix retombe sur ses pattes avec dynamisme, et une certaine bienveillance. Une énergie positive que l’on retrouve dans le titre-même du film (qui, traduit de l’anglais d’origine, passe du passé au futur !) et dans sa belle affiche.


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par Gregory Coutaut

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