Critique : Butterfly Vision

Lilia, une spécialiste en reconnaissance aérienne, retourne auprès de sa famille en Ukraine après plusieurs mois passés en prison dans le Donbass. Le traumatisme de la captivité la tourmente et refait surface sous forme de visions. Quelque chose de profondément ancré en elle l’empêche d’oublier, mais elle refuse de se voir comme une victime et se bat pour se libérer.

Butterfly Vision
Ukraine, 2022
De Maksym Nakonechnyi

Durée : 1h47

Sortie : 12/10/2022

Note :

LES AILES BRISÉES

Butterfly Vision s’ouvre par des vues aériennes, des plans lointains qui surplombent, probablement des images de drones. Il sera pourtant et avant tout question de ce qui se trame au plus profond du cœur et de la tête de Lilia, qui sort de plusieurs mois d’emprisonnement dans le Donbass. Comment la jeune femme ukrainienne peut-elle revenir à sa vie d’avant – et le peut-elle seulement ? Dans son premier long métrage sélectionné à Un Certain Regard, l’Ukrainien Maksym Nakonechnyi nous embarque avec aisance au plus de près de son héroïne, et de ce qui la poursuit.

Welcome to Hell proclame un tag : on semble ici autant parler du front que du traumatisme que Lilia ramène en elle. « Qu’avez-vous à dire, que ressentez-vous ? » lui demande-t-on, comme si l’indicible pouvait s’expliquer si facilement. L’écriture de Butterfly Vision (film co-scénarisé par Iryna Tsilyk qui dans The Earth is Blue as an Orange raconte déjà avec sensibilité les conséquences au quotidien de la guerre) installe une habile tension autour d’un personnage avec du relief. Sans jamais être aussi radical que le cinéma de Valentyn Vasyanovych (dont les films Atlantis et Reflection traitent eux aussi du conflit et de ses conséquences), Maksym Nakonechnyi signe un drame solide qui évite le mauvais goût et peut s’adresser à un large nombre.

Qu’il soit relativement grand public n’empêche pas Butterfly Vision d’être ambitieux en termes de forme. La façon dont il mêle les différentes sources d’images témoigne chez Nakonechnyi d’un regard contemporain. L’étonnante utilisation du glitch, de ses sautes d’images et/ou d’images superposées, crée un intéressant contraste avec les apparences naturalistes du long métrage. Le mauvais souvenir s’invite comme un bug, une trace invisible et pourtant là, un impact que les autres ne voient pas mais qui laisse Lilia dévastée. « Le film montre ce que vivaient les soldats qui défendaient l’Ukraine avant que tout le monde, dans notre pays et à l’international, n’admette qu’une guerre est une guerre » commente le cinéaste. S’il a effectivement été réalisé avant l’escalade du conflit et de l’agression russe, Butterfly Vision prend naturellement une autre dimension aujourd’hui. Ce drame puissant qui se questionne également sur la place laissée à l’espoir est une réussite.

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par Nicolas Bardot

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