Festival de La Roche-sur-Yon | Critique : Making Marie Antoinette

En 2005, Eleanor Coppola filme sa fille Sofia sur le tournage de Marie-Antoinette à Versailles. Vingt ans plus tard, ces images inédites révèlent la naissance d’un film devenu culte : Kirsten Dunst en reine pop, le regard bienveillant de Francis Ford Coppola, les décors somptueux et le regard intime d’une mère sur la création de sa fille.

Making Maie Antoinette
États-Unis, 2026
De Eleanor Coppola

Durée : 1h26

Sortie : –

Note :

REINE MÈRE

Il y a vingt et un ans, Sofia Coppola tournait son troisième long métrage, Marie Antoinette, qui allait être dévoilé en grande pompe à Cannes en 2006. Au même moment et plus discrètement, un autre film était en train d’être tourné : ce Making Marie Antoinette. Tellement discrètement que les images de ce making of sont restées inédites jusqu’à aujourd’hui. C’est la crise sanitaire et le confinement dus au covid qui ont convaincu Sofia et sa mère Eleanor Coppola d’exhumer ces montagnes de rushs et d’enfin monter ce documentaire. Entre temps, Eleanor Coppola est décédée (en 2024, à l’âge de 87 ans), et Sofia Coppola a achevé l’ultime film de sa mère.

Celui-ci s’ouvre, sur le tournage, par un coup de laque qui asperge une perruque – un anachronisme malicieux qui pourrait lui-même appartenir au long métrage de Coppola fille. Comment Sofia Coppola allait-elle se sortir de son plus long tournage et son plus gros budget ? Comment exprimer son style personnel sans être avalée par les conventions du film historique ? Comment une réalisatrice encore jeune peut résister aux pressions lui conseillant de laisser ici ou là davantage de place aux personnages masculins ? Ce dernier point, qui n’est certes pas au centre de Making Marie Antoinette, est néanmoins assez éloquent concernant la misogynie à laquelle l’œuvre de Sofia Coppola peut être confrontée, visiblement ici sur le tournage, mais aussi à pratiquement chacun de ses accueils critiques – disons-le, une bonne partie des critiques masculins (et hétéros) sont incapables de voir des films de Sofia Coppola, à part si ceux-ci ont Bill Murray dans le rôle principal.

Eleanor Coppola filme une Sofia Coppola qui tient bon. Le journal de Coppola mère, dont des extraits sont lus par Diane Lane, permettent de saisir l’admiration qu’elle a pour sa fille : son admiration en tant que femme et en tant qu’artiste ; son admiration pour une génération de femmes qui n’a pas renoncé à ses désirs de création. Témoin sur le tournage, Eleanor Coppola déjoue dans ce portrait les clichés du cinéaste tyran et autoritaire : même sous pression, même à la tête d’une large équipe, Sofia Coppola ne s’est pas transformée en despote. Au-delà du retour émouvant sur Marie Antoinette qui est déjà devenu un film d’une autre époque, au-delà de cet endroit qu’Eleanor Coppola cherche (et qu’elle décrit comme « là où l’illusion et la réalité se rencontrent »), Making Marie Antoinette est poignant pour le lien mère-fille qu’il dessine. La mère qui filme la fille, la fille qui achève le film de la mère, et la transmission de l’une à l’autre, dans un mouvement circulaire aussi sensible que chaleureux.

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par Nicolas Bardot

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