Festival de Varsovie | Critique : Conversation With the Sea

À Jérusalem, Kamal, un Palestinien de 60 ans, se voit ordonner par un tribunal israélien de payer une grosse dette de sécurité sociale soi-disant due par son fils Wael. Mais Wael s’est noyé dans la mer Rouge il y a des décennies. Lorsqu’aucun document officiel de son décès ne peut être trouvé, Kamal suit le seul indice restant pour découvrir ce qui est arrivé à son fils.

Conversation With the Sea
Palestine, 2026
De Muayad Alayan

Durée : 1h56

Sortie : –

Note :

SEUL CONTRE TOUS

Signé d’un cinéaste palestinien (Muayad Alayan, Amours, larcins et autres complications), Conversation With the Sea se déroule pourtant entièrement à Jérusalem. On y suit Kamal, un sexagénaire solitaire qui a toujours fièrement refusé d’apprendre l’hébreu. Les rares personnes qui s’intéressent à lui en dehors de ses amis sont donc tenues de lui parler en anglais si elles veulent être comprises. Ce n’est pas comme si Kamal attendait de bonnes nouvelles de toute façon, les seules visites qu’il reçoit sont celles d’un vautour immobilier pressé de lui racheter sa masure pour en faire un foyer digne d’être redistribué à des colons.

Un jour, le ciel tombe sur la tête de Kamal, sous la forme d’un courrier le plongeant dans une parabole kafkaïenne qu’on dirait tout droit sortie d’un film iranien. Bien que survenue il y a des années, la noyade accidentelle de son fils n’a jamais été enregistrée et ce dernier a donc accumulé une dette administrative exorbitante que Kamal est pressé de rembourser. Plongé dans la tâche absurde de devoir prouver qu’un mort est bien mort, il n’a d’autre option que d’aller demander l’aide de ses proches. Plus facile à dire qu’à réaliser quand on fait fuir sa famille à force de la maltraiter. Kamal se lance alors dans une tournée de pénitence.

La structure narrative de Conversation with the Sea, toute en face-à-face successifs, permet à Muayad Alayan de faire en parallèle un double portrait. D’une part, face à ce mauvais père de protagoniste, il n’y a quasiment pas un seul personnages israélien qui soit sympathique ou même empathique. D’autre part, le film liste entre les lignes tout un catalogue de manières de résister à la cohabitation forcée. Avant sa présentation en compétition au Festival de Varsovie, Conversation With the Sea a fait sa première à la Mostra de Venise dans la section Venice Spotlight, dédiée aux films d’auteur grand public. Derrière son ton effectivement très accessible de drame humain et chaleureux, le résultat possède pourtant une hargne parfois surprenante, parfois traduite à l’écran certes sans subtilité mais surtout sans détour, comme quand le héros filmé en vue subjective crache directement sur la caméra. C’est néanmoins sur la note d’une réconciliation (de la famille, des générations, et des gens globalement de bonne volonté) que tout cela se termine.

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par Gregory Coutaut

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