Une famille se réfugie dans une vieille maison quelque part entre la mer et la forêt. Pendant que la sœur aînée, tourmentée par des cauchemars, sombre dans un sommeil profond, son frère cadet se blesse à la tête suite à un accident.
Gu Shi
Chine, 2026
De Amie Song
Durée : 1h23
Sortie : –
Note : ![]()
FANTÔME VIVANT
« Il était une fois » : c’est littéralement ainsi que s’ouvre Gu Shi, premier long métrage de la Chinoise Amie Song. Il était une fois, et effectivement l’histoire que l’on s’apprête à nous narrer ressemble à un conte pour s’endormir paisiblement. Ce n’est pas une façon de parler : tout le monde dort dans la voiture que l’on voit lors des premiers plans du film – conducteur compris. En quelques instants, la réalisatrice déploie le tissu onirique de Gu Shi, et trouble la frontière entre le rêve et la réalité. Une famille se rend dans une forêt mystérieuse où se trouve une maison isolée. « On n’est pas là pour les vacances » prévient la mère, mais pourtant on rouvre tout dans la maison comme si celle-ci ne servait que chaque été ensoleillé.
Des ronds dans l’eau faits par un caillou qui vient d’y être jeté, des traces colorées sur le plancher, la poignée disparue d’une porte : Song construit son décor par touches, et suggère qu’il y a eu une vie avant que ses occupant.es n’arrivent. Il y a chez la cinéaste un précieux sens de l’atmosphère, habité peu à peu par cette tension : pourquoi sont-iels là ? Ne comptez pas sur Gu Shi pour vous donner des clefs parfaitement terre-à-terre – le récit peut effectivement manquer de clarté ici ou là. Mais c’est précisément le mystère dans lequel le film nous invite : les secrets de la forêt, les secrets entre les murs, les secrets qui existent aussi entre les différents membres d’une même famille.
Gu Shi s’ouvre par un conte qui s’inscrit sur l’écran noir. Il sera souvent question de contes dans le film : des récits symboliques qui laissent de la place aux mondes intérieurs de chacun.e. Dans Gu Shi, les histoires sont une monnaie d’échange avec les fantômes des bois. Pas des spectres effrayants, mais des compagnons. Voilà une manière douce et chaleureuse d’évoquer la perte et le deuil. La mise en scène d’Amie Song (révélée avec le court Three à Cannes en 2024) est d’une grande délicatesse, offrant tout ce que peut évoquer un fondu enchainé, un lent travelling dans la forêt, une subtile variation lumineuse. Le son riche et enveloppant est également une qualité remarquable du long métrage, produit notamment par Anocha Suwichakornpong. Le film semble en effet faire la subtile synthèse entre le cinéma chinois et le cinéma thaïlandais radicaux et contemporains.
Au fil de ce récit énigmatique, il devient peu à peu vain d’essayer de tracer une ligne nette entre rêve, cauchemar et réalité – tout peut cohabiter, se superposer. Dans cet espace onirique, la famille se retrouve pour une raison que l’on découvre dans la dernière partie. Lors d’une scène absolument superbe, la réalisatrice filme, en une rupture gracieuse, l’une des protagonistes qui court au crépuscule, apercevant au loin une silhouette. Un pur surgissement poétique dans ce film qui nous envoûte. Promis, comme on l’entend dans le long métrage, « quand tu te réveilleras, tout ira mieux ».
| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |
par Nicolas Bardot
