Critique : Trois adieux

Après une dispute sans importance, Marta et Antonio se séparent. Lui, chef en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux. Elle, dans son silence, commence à ressentir quelque chose de plus que de la tristesse : elle a perdu l’appétit. Quand elle découvre ce que son corps lui dit vraiment, tout prend un tour inattendu : la nourriture a meilleur goût, la musique la touche comme jamais, et le désir réveille en elle l’envie de vivre sans peur.

Trois adieux
Espagne, 2025
De Isabel Coixet

Durée : 2h00

Sortie : 02/09/2026

Note :

MANGE, PRIE, AIME

Tourné intégralement en italien, Trois adieux est un dépaysement de plus pour la réalisatrice espagnole Isabel Coixet. En presque quarante ans de carrière, celle-ci a en effet déjà planté sa caméra un peu partout, avec des comédiens de nationalité diverses (Juliette Binoche, Rinko Kikuchi, Timothy Spall, etc) et dans des registres divers. La cinéaste était revenue sur ses terres pour tourner ses deux derniers films, Nieva en Benidorm et Un amor, et ceux-ci étaient venus recentrer (et même plaisamment corser) une œuvre qui menaçait de trop se diluer. On aurait pu croire Coixet revenue pour de bon, et la voilà à nouveau ailleurs. Et une fois de plus, elle ne s’est pas perdue en route. 

Les premières scènes de Trois adieux, composées d’engueulades conjugales, font pourtant craindre que la cinéaste ait choisi là de filmer le sujet le moins intéressant de sa filmographie. Marta quitte son amoureux sur un coup de tête et virevolte dans les rues de Rome. Aux prises avec une soudaine maladie grave, elle refuse de se laisser abattre et surtout de se laisser couper l’appétit. De l’appétit, Coixet en a également, et ce pour les situations et les personnages romanesques. Celles et ceux qui connaissent son cinéma savent qu’elle a la manière d’aller se frotter aux archétypes pour mieux les emballer dans de petits tourbillons sentimentaux qui, sur le papier, ne devraient pas fonctionner, et qui pourtant font mouche.

La cinéaste prouve une nouvelle fois qu’elle possède le sens du romanesque mais aussi une certaine ironie, ce qui n’est pas du tout la même chose que le cynisme, bien au contraire. Il n’y a rien de parodique dans la comédie dramatique et romantique Trois adieux, mais il fallait bien un peu de recul pour parvenir à doser avec juste mesure le coté Chick Lit convenu de ce récit de recette amoureuse à réinventer. Elle ne filme jamais Rome comme une carte postale et ne laisse de côté aucun de ses comédiens, qui composent un ensemble convaincu et donc convaincant. La limite de Trois adieux est sans doute de ne rien apporter de très neuf ni chez Alba Rohrwacher, une fois de plus très bonne, ni chez Isabel Coixet. Après cette parenthèse légère, on espère la voir retrouver la sobriété mordante d’Un amor.

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par Gregory Coutaut

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