Marius est médecin-chef dans un hôpital de sa petite ville natale et élève seul son fils adolescent, Ioan, depuis le décès de sa femme. Professionnel sûr de lui, il ignore tout de ce que fait son fils la nuit, lequel parcourt la ville à vélo et vandalise des voitures avec une bande de justiciers masqués. Le monde de Marius bascule lorsqu’il apprend que la police soupçonne son fils de meurtre.
You Don’t Belong Here
Roumanie, 2026
De Florin Șerban
Durée : 2h34
Sortie :-
Note : ![]()
LA VILLE EST TRANQUILLE
« Tu n’as rien à faire ici ». Le message qui donne son titre à ce film roumain est le slogan raciste qu’une bande de jeunes colle en cachette sur les voitures dans un quartier habité par des Roms. Lors d’un de ces raids nocturnes à vélo, l’un de ces jeunes se bat avec un Rom, le frappe à la tête, le laisse pour mort et fuit la scène. Une fois passée cette scène de groupe en extérieur, You Don’t Belong Here ne propose au contraire plus que des scènes d’intérieurs, derrière des portes qu’on souhaiterait bien laisser fermées (celle d’un hôpital où l’on entre décidemment comme dans un moulin, d’un bureau réservé aux patrons qui savent tout mieux que tout le monde, d’un foyer dans lequel la police n’a pas besoin de perquisitions pour entrer). Le crime a eu lieu sur une voie publique, mais l’affaire doit à tout prix rester privée, quitte à se voiler la face comme le protagoniste qui voit son fils rentrer avec des blessures en plus et un vélo en moins, tiens tiens.
Faut-il privilégier la justice ou la famille ? Centré sur le personnage du père plutôt que du fils, You Don’t Belong Here est un drame en forme de parabole sur un dilemme moral. Cette famille de film a beau être représentée sur tous les continents, et les questions philosophiques qu’elle soulève ont beau être supposément universelles, combien de fois avez-vous vu un de ces films centré sur un personnage féminin ? Il faut croire que seuls les hommes ont le droit d’être perçus comme neutres. Certes, l’arrogance des mecs est justement ce qui est critiqué ici, mais cette pique a bon dos au moment de nous faire subir les tunnels de vieux gars refusant d’admettre leur défauts, alors même que l’unique personnage féminin n’offre rien de passionnant en contrepartie. La punition se fait attendre, et elle finit par arriver.
Le cinéaste Florin Șerban (dont le dernier film a être sorti dans les salles françaises était Box, il y a dix ans) suit ici avec succès une recette typiquement roumaine. La caméra est toujours fixe, les décors extérieurs menacent d’engloutir les personnages filmés de loin, les silences qui disent beaucoup s’alternent avec des monologues qui cachent beaucoup, les séquences sont longues mais pas excessivement (à l’exception peut-être de la toute dernière), et le suspens se met en place avec un savoir-faire horloger, certes lent mais jamais trop. A chaque fois que le film fait mine de devenir vraiment radical à force d’exigence, il sait freiner à temps et demeurer accessible jusqu’au bout.
Il y a sans doute un parallèle à faire entre le Léopard d’or gagné cette semaine à Locarno par You Don’t Belong Here et la Palme d’or gagnée Fjord il y a quelque mois (et qui, hasard du calendrier, sort justement en salles en ce moment). Il y a vingt ans, la première palme gagnée par Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours) avait quelque chose de très contemporain et novateur. Le cinéma d’auteur roumain était alors en pleine nouvelle vague et ce qui était radical à l’époque est aujourd’hui devenu familier et donc paradoxalement prévisible. Soit dit en passant, c’est d’ailleurs une formule que l’on pourrait appliquer également aux frères Dardenne. La radicalité existe bien sûr toujours en Roumanie, mais elle se trouve désormais bien plus dans l’œuvre folle de Radu Jude que dans ce type de drames taiseux remplis de dignité. You Don’t Belong Here est solidement mis en scène et interprété, mais il ne vaut mieux pas en attendre de surprise, surtout si l’on a vu le similaire Policier, Adjectif il y a déjà dix sept ans.
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par Gregory Coutaut
