Critique : Paradise

Au Ghana, Kojo, adolescent marqué par la disparition de son père en mer, se rapproche des gangs de rue sans parvenir à combler le vide qu’il ressent. Pendant ce temps, au Québec, Tony, en quête de repères, s’interroge sur l’homme dont sa mère est amoureuse et qui pourrait être le père qu’il n’a jamais connu… Entre la lente déchéance de l’un et la recherche d’identité de l’autre, un lien insoupçonné se tisse, unissant les destins croisés de ces deux jeunes hommes que tout semble séparer.

Paradise
Canada/Ghana, 2026
De Jérémy Comte

Durée : 1h30

Sortie : 19/08/2026

Note :

DEUX POUR LE PRIX D’UN

Nommé à l’Oscar du meilleur court métrage en 2019 avec Fauve, le cinéaste québécois Jérémy Comte signe avec Paradise son premier long métrage. Celui-ci ne manque pas d’ambition puisque qu’il y a dans ce scénario deux récits qui, malgré leurs nombreux points communs, sont situés presque aux antipodes l’un de l’autre. Dans un quartier animé quelque part au Ghana, un jeune pêcheur se voit financièrement contraint de changer de carrière après avoir perdu son père en mer, tandis que dans une banlieue résidentielle tranquille au Québec, un ado solitaire qui n’a jamais connu son père se rebelle contre sa mère.

Construit en miroir, Paradise évite la maladresse potentielle d’un tel parallèle (après tout, l’un doit se débrouiller pour survivre tandis que l’autre vit confortablement) en trouvant son équilibre entre réalisme social et onirisme. Ces deux jeunes hommes séparés par un océan ne partagent pas seulement le désir de trouver enfin leur place et leur rôle parmi les adultes, mais aussi une croyance que la clé de leur réussite se trouve dans leurs songes liés à la mer. Jeremy Comte se tire plutôt élégamment de ce slalom entre des archétypes, mais l’opposition binaire menace de tourner un peu en rond, jusqu’à une authentique surprise.

Que ce soit lors de la première mondiale du film à la Berlinale, ou bien aujourd’hui pour la sortie du film en salle, les résumés officiels de Paradise font le choix stratégique étonnant de garder sous cloche le véritable sujet du film, même s’il est vrai que celui-ci ne se dévoile pas d’emblée. Non seulement ce sujet fait que les deux récits vont enfin ne faire plus qu’un, apportant un moteur supplémentaire au film, mais son sérieux vient contrecarrer la candeur qui menaçait de prendre trop de place. Sans devenir violent, Paradise devient alors plus nerveux, plus cruel aussi, mettant en scène l’affrontement absurde de deux jeunes apprentis gaillards à la fois coupables et victimes d’une même arnaque à grande échelle.

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par Gregory Coutaut

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