Dans les hauteurs d’une vallée des Vosges, Lucien cherche la paix dans une totale solitude, Aline affronte ses peurs intimes en traquant un loup, et la jeune Jade est aux prises avec sa nature profonde. Leurs destins résonnent au cœur du même territoire.
D’ici là
France, 2026
De Sarah Léonor
Durée : 1h45
Sortie : –
Note : ![]()
MA VRAIE NATURE
A qui appartient le territoire, et à quel point celui où l’on vit et grandit nous définit-il ? La question traverse peut-être moins le cinéma français que celui d’outre-Rhin (rien qu’à Locarno cette année, elle imprégnait le superbe Tomorrow a Long Time Ago). La réalisatrice française Sarah Léonor y répond non pas avec les vertigineux gouffres propres à l’Ecole de Berlin (quoique) mais plutôt sous la forme d’une charade ludique et entêtante à la fois. C’est dans un coin de forêt des Vosges qu’elle pose sa caméra pour raconter différents récits découpés en trois saisons (et non quatre comme l’aurait voulu les clichés !) où se croisent une même galerie de personnages, tout en étant ici chez eux, mais à leur propre manière.
Il y a un sympathique ermite en rupture avec la société (Frank Beauvais), une mère aux prise avec la présence d’un loup dans les environs (Dinara Droukarova) et une jeune femme racisée qui n’a pas besoin d’autorisation pour se sentir à sa place (Louiza Aura, la Mimi Madamour des Reines du drame). D’ici là ne ressemble jamais à un film à sketch pour autant, Sarah Léonor composant moins des récits riches en rebondissements que des vignettes placides faites de micro événements et gestes quotidiens.
Le relief du long métrage se trouve moins dans ce qui arrive ou non à ces personnages (il n’arrive en réalité pas grand chose à proprement parler, et la durée s’en ressent un petit peu) que dans la poésie que la cinéaste injecte entre les lignes. Cela parfois littéralement, à l’images des haikus servant de transition entre les différents segments. Certaines idées ont quelque chose d’un peu artificiel et forcé, telles ces chansons folk laissées dans leur agaçante intégralité, là où d’autres font plus directement mouche, comme quand un loup regarde directement dans la caméra de façon saisissante. Hasard du calendrier : D’ici là souffre possiblement d’être découvert après Forêt ivre de Manon Coubia (la révélation de la dernière Berlinale), avec qui il partage plus d’un point commun. Mais après tout, les mystères du rapport à la nature méritent plus d’un film.
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par Gregory Coutaut
