Des danseurs venus de toute l’Afrique entament leur dernière année sous la houlette de Germaine Acogny. Atcha Atcha saisit un moment de transmission artistique, où les corps se font archives vivantes et la danse, vecteur de mémoire, de résilience et d’espoir entre générations.
Atcha Atcha
Sénégal, 2026
De Mamadou Dia
Durée : 1h23
Sortie : –
Note : ![]()
Á BONNE ÉCOLE
L’école de danse qui se trouve au cœur de ce documentaire ne ressemble pas à une école telle qu’on se l’imaginerait traditionnellement. C’est d’abord une question d’architecture, semble-t-il. Le bâtiment est ouvert sur l’extérieur, et dans des studios de répétition rendus encore plus immenses par la présence de la nature et du ciel en arrière plan, c’est presque comme s’il manquait toute une façade ou qu’il n’existait plus de frontière entre le dehors et le dedans, autant dire entre l’intime et le public. Dans ce qui ressemble autant à une scène ouverte qu’à un hangar secret, des élèves répètent des chorégraphies tantôt seuls, tantôt en groupe.
Si cette école ne ressemble pas à une école classique, c’est également dû à la personnalité de sa fondatrice. Lauréate d’un Lion d’or à la carrière remis à la Biennale de danse de Venise en 2021, la danseuse et chorégraphe franco-sénégalaise Germaine Acogny n’a pas laissé sa notoriété polluer sa bienveillance, et c’est avant tout un sentiment de douceur et d’empathie qui règne sur ses cours. Cela, même lorsqu’un élève ose lui dire « Je suis presque déçu que vous ne soyez pas plus dure envers nous ». En captant et retranscrivant cette atmosphère particulière, le réalisateur sénégalais Mamadou Dia (Le Père de Nafi) se situe dans un décalage très bienvenu par rapport aux indécrottables clichés des mille et un films qui continuent à nous expliquer que l’apprentissage de l’excellence doit forcément se faire au prix éprouvant de violents sacrifices, douleurs et humiliations.
Atcha Atcha n’est pas non plus un portrait de Germaine Acogny. Il s’agit avant tout d’un documentaire dit de captation, c’est à dire qu’à l’exception d’un carton d’ouverture, il n’y a là ni voix off ni entretiens. La directrice a parfois la parole, mais celle-ci revient avant tout aux élèves. Au moment d’évoquer leur point de vue, leur expérience et identité, Mamadou Dia accorde autant d’importance à montrer ce qu’ils expriment par la parole que par la danse. Le résultat pourrait bénéficier d’un peu plus de relief, de nerf, mais cette approche délibérément effacée met au cœur du film quelque chose que seuls les corps peuvent articuler.
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par Gregory Coutaut
