Dans la Maison sur la Lune vivent Chang Er, une jeune fée, et son amoureux, le grand archer Qui-tire-sur-le-Soleil, Hou Yi. Lorsque Hou Yi disparaît en tentant de sauver le soleil mourant, Chang Er part à sa recherche et se lance dans un périple vers la face cachée de la Lune en compagnie d’un astronaute terrien.
The House on the Moon
Singapour, 2026
De Nelson Yeo
Durée : 1h39
Sortie : –
Note : ![]()
COMBAT D’AMOUR EN SONGE
En une poignée d’années seulement, le cinéaste singapourien Nelson Yeo est devenu un habitué du Polyester grâce à son œuvre déjà très éclectique et riches en fantômes divers. Il y a eu ceux aux songes intellectuels et mélancoliques de Dreaming & Dying (prix du meilleur premier long métrage à Locarno en 2023), ceux pris dans les scénarios morbides et ludiques de Durian Durian (parmi les meilleurs courts vus à Rotterdam en 2025) et ceux hantant la discothèque intime de Through Your Eyes (qui figurait dans notre top de fin d’année des meilleurs courts de 2025). Aujourd’hui en compétition à Locarno avec son second long métrage, le cinéaste change une nouvelle fois complètement de registre.
Mais quel est le registre dont il est question dans The House of the Moon ? Les protagonistes sont ceux d’une célèbre légende chinoise, un couple d’amants maudits condamnés à vivre sur des planètes séparées, mais Nelson Yeo propose sa propre version bien étonnante du conte, et pas seulement à coup de musiques anachroniques (cold wave ou techno minimaliste) ou parce que les effets manuels (comme cette bien jolie brume) sont couplés d’effets numériques contemporains. On retrouve ici bien sûr beaucoup d’éléments du Wu Xia (chatoyants costumes, arts martiaux aux chorégraphies virevoltantes et même volantes) mais il est également question de science-fiction et de vaisseau spatial.
Absurde ? Seulement en apparence. Nelson Yeo dit avoir souhaité ici rendre hommage à un pan bien précis de sa cinéphilie : les productions hongkongaises du début des années 90 qu’il découvrait enfant au vidéo club, des films dont l’éclectisme de tons et de registres mérite effectivement d’être vanté et pris au sérieux. Comme dans ce matériau d’origine, la fantaisie est présente dans The House on the Moon (l’héroïne est emprisonnée sur la lune car elle a « bu un truc qui ne fallait pas » sur terre, vraiment ?) mais l’hommage est fait sans moquerie ni cynisme. Passé au filtre contemporain de Yeo, le grand mélange qui était à l’œuvre dans ces productions d’époque soufre peut-être d’un tour de moulinet de trop. On pourrait formuler cela généreusement en disant que The House on the Moon possède la logique d’un poème et enchaine les visions dans des décors étonnants plutôt qu’il ne cherche à maintenir un récit limpide, et il y a bien sûr quelque chose d’à la fois excitant et émouvant à voir mélangées avec amour des scènes évoquant tant Histoires de fantômes chinois que Les Cendres du temps, mais le début du récit, digne d’un monologue improvisé par M1ss Jade So, est si ardu à suivre qu’il demande un vrai saut de foi.
Avec ses apparences labyrinthiques, The House on the Moon n’est sans doute pas le film le plus facile d’accès du cinéaste, mais il possède au moins un charme et un panache unique : celui d’être complètement en décalage avec l’air du temps. La patience requise est récompensée par la découverte progressive d’un merveilleux grimoire visuel, où il est question de fontaine de jouvence fluo et de divinités capables de se transformer en livre volant. Voilà un film dont on sort avec l’impression rare et précieuse d’avoir fait un rêve ivre.
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par Gregory Coutaut
