Automne 1952 : la journaliste Hedda et son mari Winfried tendent un piège à Felix Kersten, l’ancien masseur du chef de la SS, Heinrich Himmler. Kersten affirme avoir contribué à libérer des milliers de détenus des camps de concentration sous le régime nazi. Mais Hedda est sceptique et ce qui commençait comme un simple entretien devient bientôt un jeu psychologique du chat et de la souris.
I is Another
Allemagne, 2026
De Felix Randau
Durée : 1h30
Sortie : –
Note : ![]()
CONFESSIONS NOCTURNES
« Je est un autre » nous prévient le titre du film, citant Arthur Rimbaud. On a au contraire bien l’impression de savoir exactement à quel type de film nous faisons face ici : un film historique allemand sur le Troisième Reich. L’action d’I is Another a beau se dérouler en 1952, il y a suffisamment de flashbacks à l’œuvre pour que les nazis soient en effet bel et bien présents à l’écran. La vertu éducative d’une partie de la production cinématographique allemande, assumée comme telle, n’est évidement pas à démontrer, mais y a-t-il suffisamment de cinéma dans I is Another pour qu’on ait moins l’impression de rentrer dans un salle de classe que dans une salle de cinéma ? La réponse est : plutôt oui.
Commençons par déterminer la limite du film : si les secrets que s’évertue à dévoiler la protagoniste sont odieux et tordus, la mise en scène opérée par Felix Randau est au contraire bien lisse. De la photo convenue à la musique d’Erik Satie, il règne ici un confort de visionnage qui endort un peu le regard à force de le bercer. Mais un élément qui vient apporter une épice bienvenue dans cette sage recette : c’est le décor. Cette joute verbale entre une journaliste manipulatrice et un possible collabo pourrait vite virer au bavardage sans fin mais Randau fait preuve d’une idée maline : quitte à filmer un huis clos, autant faire en sorte que celui-ci roule très vite, littéralement. De couloirs exigus en cabines d’apparat, le train de nuit cossu où se déroule presque intégralement I is Another est en effet l’un des points fort du film, évoquant comme un écho d’Agatha Christie et de giallo.
Ce dialogue nocturne en mouvement entre un homme et une femme aboutit moins à une profonde exploration inconsciente qu’à une révélation au bout du tunnel, et on se surprend à fantasmer là où atterrirait le film s’il osait dérailler un peu, mais si le décor est la meilleure surprise du film (ou peut-être simplement l’une des rares), il ne s’agit pas pour autant de son unique qualité. A défaut de beaucoup de personnalité esthétique, Felix Randau fait preuve de savoir-faire narratif et trousse son petit suspens avec le rythme qu’il faut, et il peut surtout compter sur un duo d’acteurs convaincus et donc convaincants : l’Autrichienne Valerie Pachner (Une vie cachée, Seule la vie) et le Danois Claes Bang (The Square, L’Inconnu de la Grande Arche). Pour un film de nazis aux airs si convenus, il ne manque pas d’ironie qu’aucun des deux interprètes principaux ne soit allemand.
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par Gregory Coutaut
